Contrôle des chômeurs : la gauche tire à boulets rouges sur François Rebsamen

Les propos du ministre du Travail, qui demande davantage de contrôles sur les demandeurs d'emploi, ont provoqué la colère de nombreux responsables politiques et syndicaux.

Le ministre du Travail François Rebsamen, le 28 août 2014 à La Rochelle (Charente-Maritime).
Le ministre du Travail François Rebsamen, le 28 août 2014 à La Rochelle (Charente-Maritime). (FABRICE RESTIER / CITIZENSIDE.COM / AFP)

Le changement de ton de François Rebsamen vis-à-vis des chômeurs a provoqué une onde de choc dans son camp. En demandant, sur le plateau de i-Télé, mardi 2 septembre, à Pôle emploi de "renforcer les contrôles" pour vérifier que les chômeurs "cherchent bien un emploi", le ministre du Travail s'est attiré les foudres de nombreux dirigeants de gauche ainsi que de leaders syndicaux. Florilège des mots doux réservés au ministre parti en guerre contre les "fraudeurs".

Chez les dirigeants de gauche

Alors que le gouvernement Valls 2 est devenu une cible pour la gauche de la gauche, il n'a pas fallu longtemps à ses responsables pour dégainer leurs réactions. A peine le ministre du Travail vient-il de terminer son interview sur i-Télé qu'Emmanuelle Cosse, secrétaire générale d'Europe Ecologie-Les Verts, s'en prend sur Twitter à sa déclaration fracassante sur le contrôle des chômeurs.

Même type de réaction chez d'autres responsables politiques de gauche, outrés par la sortie du ministre du Travail. "Il faudrait contrôler l'activité réelle de monsieur Rebsamen François, recruté en avril dernier pour s'occuper de l'emploi" rétorque Olivier Dartigolles, le porte-parole du PCF, dans un communiqué. "Il est temps d'en finir avec la culpabilisation des chômeurs et avec le mythe d'un chômage volontaire, s'indigne de son côté le Parti de gauche. Les Français veulent un travail et un salaire digne. C'est le gouvernement, dans sa soumission aux actionnaires et à leurs injonctions, qui les en empêche."

Dans son propre parti, François Rebsamen est malmené. Le socialiste Gérard Filoche, ancien inspecteur du travail et syndicaliste CGT, estime, sur Les Echos.fr, que "ça n'a rien de républicain, ça n'a rien de social (...) et c'est scandaleux." Le chef de file du PS, le Premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis, se veut à peine plus clément dans un communiqué : "Les annonces faites sur d'autres sujets, en particulier sur le contrôle des chômeurs, brouillent le message présidentiel, et nous le regrettons."

Chez les syndicats

Dernièrement, ils sont apparus divisés pour commenter la politique gouvernementale. Mais la sortie de François Rebsamen a été condamnée d'une même voix par les responsables syndicaux marqués à gauche. Chez Force ouvrière, Stéphane Lardy, secrétaire de FO chargé de l'emploi, se dit "abasourdi" : "Je ne comprends pas du tout l'intervention du ministre, sauf à dire que malheureusement libéralisme économique va de pair avec autoritarisme social.

Eric Aubin, membre de la direction de la CGT chargé de l'emploi, regrette que le gouvernement reprenne des arguments "déjà entendus" sous la présidence Sarkozy et favorise, selon lui, les aides aux employeurs au risque de mettre "gravement en danger notre protection sociale".

Enfin, Laurent Berger, leader de la CFDT, habituellement modéré vis-à-vis du gouvernement, est "atterré" : "Ma pensée va aux gens que je connais, jeunes et moins jeunes, qui cherchent du boulot désespérément et attendent des responsables politiques et du patronat des solutions en termes d'emploi et se voient stigmatisés."

Chez les ministres

Le Premier ministre et le président de la République ont fait de la solidarité gouvernementale une condition sine qua non chez leurs ministres fraîchement nommés. C'était donc un premier test de loyauté pour Emmanuel Macron, le nouveau ministre de l'Economie, qui n'a pas hésité à soutenir son collègue du Travail. Un exercice politique relayé par i-Télé : "Je ne vais pas commenter ce qui ne relève pas de ma compétence ministérielle, (...) mais il est normal que François Rebsamen demande qu'il y ait des pratiques de contrôle, je crois que c'est ce que veulent tous les Français."

Thierry Mandon, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat, a montré moins d'entrain à appuyer François Rebsamen, estimant que le contrôle des chômeurs "n'est pas la solution au problème du chômage". Il a toutefois concédé que "s'il y a des fraudeurs ici ou là, dans cette matière comme dans d'autres, il faut les sanctionner, mais je pense qu'il faut surtout se concentrer sur les réponses pour développer l'emploi."

Dans l'entourage de François Hollande, la gêne est perceptible, selon une journaliste qui accompagnait le président en déplacement en Seine-Saint-Denis pour la rentrée scolaire.

Alors qu'il poursuivait sa visite d'un collège flambant neuf, le chef de l'Etat a donc préféré botter en touche. Interpellé par un journaliste qui lui demandait s'il fallait contrôler davantage les chômeurs, François Hollande a répondu d'une phrase lapidaire : "Les élèves, quelquefois, oui".