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Mobilisation contre la loi Travail : pourquoi ils y croient encore

Les opposants à la réforme se réunissent une nouvelle fois à Paris, mardi. Mais après plus de trois mois et demi d'opposition, ont-il toujours foi en leur mouvement ? Ils expliquent à francetv info ce qui les pousse encore à défiler.

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Des militants de la CGT et de Force ouvrière manifestent dans les rues de Rennes (Ille-et-Vilaine), le 23 juin 2016. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

Les opposants à la loi Travail vont de nouveau descendre dans la rue, mardi 28 juin, à l'appel de sept organisations syndicales (CGT, FO, Solidaires, FSU, Unef, UNL, Fidl). Alors que la préfecture de police de Paris avait interdit puis autorisé a minima une manifestation jeudi 23, elle a autorisé cette fois-ci un parcours allant de la Bastille à la place d'Italie.

Le 28 juin marque aussi la date du vote solennel du Sénat pour adopter une nouvelle version "droitisée" du texte. La nouvelle mouture retournera ensuite à l'Assemblée nationale en juillet prochain, où la loi pourra être définitivement validée. Alors que la réforme portée par Myriam El Khomri est sur le point d'être adoptée, après plus de trois mois et demi de mobilisation, quelles sont les motivations des militants pour continuer à manifester ? Francetv info leur a posé la question.

"On espère un sursaut socialiste"

Malgré ses 21 ans, Julia, étudiante parisienne, n'en est pas à sa première lutte sociale. La première fois qu'elle a défilé dans la rue, elle avait 15 ans : c'était contre la réforme des retraites de 2010. La jeune femme ne bat pas le pavé "facilement". Mais quand elle sent une menace pour son avenir, elle n'hésite pas. "La rue est un moyen de faire passer des messages politiques aux différents gouvernements quand on n'en a pas d'autres", explique-t-elle. "On a un gouvernement de gauche donc tous les gens dans la rue espèrent un sursaut socialiste. A ce stade, rien n'est encore joué !"

Alors Julia a participé à toutes les manifestations dans la capitale depuis le 9 mars. Si elle souhaite un retrait pur et simple de la loi Travail, la jeune étudiante est consciente que ce sera difficile. Mais elle ne perd pas espoir pour autant. "Cette manifestation, c'est une façon de rappeler aux sénateurs qu'ils doivent faire leur travail de représentants et nous écouter, affirme-t-elle. Ils devraient protester contre cette loi parce qu'ils ont plus de pouvoir que les simples citoyens." La militante considère cette nouvelle mobilisation comme une "piqûre de rappel".

"Le combat n'est pas fini"

Mais ces mois de mobilisation ne sont pas sans conséquence pour les salariés. Des sacrifices que Fabrice connaît bien. Ce délégué du personnel de la RATP est syndiqué depuis 1999. Il est prêt à perdre des jours de travail pour manifester. "J'étais gréviste à chaque fois et ça représente une perte sèche de 80 à 100 euros par jour." Mais le conducteur de tramway parisien à tout prévu. Pour pouvoir soutenir les jours de grèves réguliers depuis le 9 mars, il a pioché dans son budget de secours. 

"Je mets des sous de côté en prévision des grèves depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, pour pouvoir lutter et garder la tête haute, raconte-t-il. Plutôt que de m'acheter la dernière télé ou les dernières chaussures à la mode, je mets de l'argent de côté comme je peux. Certaines fois, c'est 100 euros, d'autres 200 et rien du tout quand ce n'est pas possible." Des économies qui lui permettraient de tenir encore un mois de grève en continu. Fabrice considère que ce serait d'ailleurs la seule solution pour faire plier un gouvernement dans lequel il ne se reconnaît plus. Grâce aux manifestations, il garde encore bon espoir que le texte soit suspendu ou retiré. "Le combat n'est pas fini", professe-t-il.

"Nous sommes les futurs salariés"

Pour Alexandre, étudiant en sociologie à Tours (Indre-et-Loire), le combat semble tout de même toucher à sa fin pour cette année. Avec le mois de juillet qui arrive à grands pas, lycéens et étudiants commencent à déserter les cortèges. "Avec les vacances, les boulots d'été et les retours chez les parents, on sait que c'est une période de démobilisation, reconnaît le jeune homme de 21 ans. Mais les syndicats parlent déjà de reprendre les manifestations dès la rentrée." Une remobilisation qui risque d'arriver un peu tard puisque l'Assemblée nationale aura déjà voté le texte en deuxième lecture en juillet prochain.

Alexandre est prêt à reprendre la mobilisation en septembre. "Ce ne sera pas trop tard", plaide-t-il. Et de rappeler : "Avec le CPE, on a déjà vu des textes être promulgués puis abandonnés. On ira jusqu'au bout et on ne lâchera rien." Il a beau être encore étudiant, le jeune homme se sent très concerné par ce projet de réforme du Code du travail. "J'ai un emploi à mi-temps en CDI dans la restauration et je suis très loin d'être le seul. On connaît tous les galères des petits boulots. Et puis étudiants comme lycéens, nous sommes les futurs salariés."

"Il faut maintenir la pression"

"C'est vrai que je ne suis pas directement concerné par cette réforme mais là, on a passé un cap", défend Marian, professeur de mathématiques dans les Hauts-de-Seine. C'est la première fois qu'il se mobilise autant contre un projet de loi. Le jeune homme a participé à toutes les manifestations depuis le 9 mars et il compte bien continuer. "Je crois moyennement au retrait du texte, même si c'est ce que je souhaite. Il faut maintenir la pression parce que si on lâche maintenant, on n'obtiendra plus jamais rien."

Marian ne croit plus vraiment dans le gouvernement. "La priorité, c'est bien cette loi qui ne vaut rien. Mais ce texte, c'est aussi la goutte d'eau de trop. En 2012, j'ai voté pour Hollande, pour un programme. Et aujourd'hui, je me sens trahi." Une déception qui l'a poussé à tenter de trouver un autre système politique plus satisfaisant. Il a d'ailleurs participé à une commission du mouvement Nuit debout"Ce qui entretient ma mobilisation, c'est aussi de voir que les gens s'emparent de ce débat, qu'ils relèvent la tête. A travers toute cette opposition, on voit une vraie repolitisation des gens."

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