Manifestant éborgné en 2016 : le renvoi du CRS aux assises est une "décision politique", dénonce Unité SGP Police

La déléguée nationale du syndicat "s'interroge sur le fondement juridique" du renvoi aux assises de son collègue pour y répondre d'un "lancer injustifié" d'une grenade de désencerclement, dont l'explosion a causé la perte d'un œil à un manifestant.

Laurent Theron, militant syndical de SUD le 15 septembre 2016 à Paris.
Laurent Theron, militant syndical de SUD le 15 septembre 2016 à Paris. (GREG SANDOVAL / AFP)

"Ce ne sont pas des professionnels qui vont le juger, ce sont des personnes avec des idées a priori", a regretté mercredi 22 mai sur franceinfo Linda Kebbab, déléguée nationale d’Unité SGP Police Fo, après le renvoi devant les assises d'un CRS pour un "lancer injustifié" de grenade de désencerclement qui a fait perdre un œil à un manifestant le 15 septembre 2016, lors d'un rassemblement contre la loi Travail.

Le syndicat Unité-SGP Police a annoncé mardi qu'il allait saisir la garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur."Il s'agit d'une décision politique" dénonce Linda Kebbab. "On s'interroge sur le fondement juridique de ce renvoi aux assises, le renvoi aux assises suppose un crime, poursuit-elle, mais où est l'intention criminelle dans cette affaire ?"

Un policier "face à un jury populaire dans un contexte social défavorable"

Selon Linda Kebbab, "on est sur des erreurs administratives, en l'occurrence le fait de ne pas avoir agi sous les ordres". "Quid de la responsabilité de ceux qui ont mis des grenades dans les mains de ce CRS et qui lui ont dit 'vas-y' ?" s'interroge-t-elle. "J'aimerais que les juges prennent en compte le contexte administratif."

"Notre collègue est effondré depuis ce jour-là, il a été en contact avec la personne blessée. Ce n'est pas un criminel, et aujourd'hui on le renvoie aux assises", dénonce-t-elle. "On a un policier qu'on va renvoyer face à un jury populaire, dans un contexte social défavorable", estime la déléguée syndicale. "Ce ne sont pas des professionnels qui vont le juger, ce sont des personnes avec des idées a priori, quelles qu'elles soient, qui vont juger un homme en fonction de ce qu'elles croient elles-mêmes et non pas en fonction des faits. C'est un vrai problème."

a fait des années que le syndicat demande une juridiction spécialisée pour juger les policiers avec des professionnels, assure Linda Kebbab. C'est en cela qu'on saisit aujourd'hui les ministres, même s'ils ne peuvent pas s'immiscer dans une décision de justice, il s'agit d'un contexte social particulier."