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Entre affrontements et ambiance festive, les deux faces de la manifestation parisienne contre la loi Travail

Quelques centaines de jeunes se sont accrochés avec les CRS dans les rues de Paris, tandis que le gros du cortège défiait le gouvernement dans une ambiance plus bon enfant.

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France Télévisions
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Des manifestants contre le projet de réforme du Code du travail font face aux forces de l'ordre, le 31 mars 2016 à Paris. (DENIS PREZAT / AFP)

Deux manifestations, deux ambiances, jeudi 31 mars, dans les rues de Paris. L'avancée du cortège de manifestants contre la loi Travail, entre la place d'Italie et la place de la Nation, a été émaillée d'incidents entre les policiers et une frange de jeunes manifestement venus pour en découdre.

De quoi risquer d'éclipser une mobilisation qui s'est, pour le reste, déroulée sous une pluie battante mais dans le calme. Et qui a réuni une foule similaire à celle du 9 mars, soit entre 26 000 et 28 000 manifestants, selon la préfecture de police – quand les syndicats en comptaient 160 000. Retour sur ce mouvement vu depuis le cortège.

Face A : projectiles et nuages de gaz lacrymogène

Après les incidents qui ont émaillé la manifestation des lycéens, jeudi 24 mars, le défilé de ce jeudi s'annonçait potentiellement tendu. Dans la matinée, avant le début du cortège officiel, les lycéens se donnent rendez-vous place de la Nation pour faire le parcours de la manifestation à l'envers. Vers Austerlitz, la police interpelle une dizaine "d'individus gantés et cagoulés" venant "se mêler aux manifestants", après des échauffourées. A l'arrivée place d'Italie, quelques projectiles fusent, mais la situation se tend vraiment quand ces lancers atteignent le commissariat du 13e arrondissement, provoquant une charge de quelques CRS. Quelques coups de matraque semblent partir dans la mêlée, des jeunes à terre sont tirés par les manifestants. "Violences policières", crie la foule, en écho aux incidents au lycée Bergson la semaine précédente.

Au départ du cortège officiel, à 13h30, un groupe de quelques centaines de personnes, pas seulement des lycéens, en prend rapidement la tête face aux CRS. Si, derrière, les slogans moquent Myriam El Khomri et le gouvernement, devant, c'est aux forces de l'ordre qu'on en veut : "Toute la France déteste la police", chantent-ils en boucle pendant une heure.

Ça dégénère près de la gare de Lyon, quand les CRS utilisent une première fois des gaz lacrymogènes pour disperser les jeunes, dont les projectiles improvisés, bouts de bois, sacs-poubelle et parapluies, se font de moins en moins discrets. D'autres, une poignée, visiblement plus habitués des manifestations, enfilent imperméables et cache-nez noirs et s'en prennent à des banques à coups de marteau et de peinture. Des heurts qui émaillent toute la fin du parcours.

La police réplique par des doses de plus en plus importantes de gaz lacrymogène, une petite dizaine de fois pendant le trajet du cortège, sans qu'il soit possible de voir, de derrière, si elles sont précédées ou non d'agressions de la part des manifestants. Pour les militants CGT, c'est clairement la police qui cherche l'affrontement avec les jeunes. "On ne va parler que des casseurs", déplore l'un d'eux, qui reconnaît que l'ambiance était différente le 9 mars. La polémique sur les violences policières est passée par là. Arrivés place d'Italie, certains des manifestants tentent de continuer leur parcours, mais voient des fourgons leur barrer la route, et finissent par renoncer, laissant la place au reste du cortège.

Face B : un défilé bon enfant

En fin d'après-midi, un simple coup d'œil aux dizaines de milliers de manifestants qui arrivent place d'Italie suffit à comprendre qu'ils ont vécu une après-midi très différente. Dans la foule, des chants, des chorégraphies, L'Internationale jouée à la trompette et un concert du rappeur L'1consolable, qui a tiré un morceau du slogan phare de la mobilisation, On vaut mieux que ça.

La scène sans doute la plus festive, c'est cette foule dansante de lycéens regroupés devant un camion d'où s'échappe du rap américain et de la musique africaine, au milieu des haut-parleurs de la CGT et de leurs classiques de manifs.

Passé les échauffourées, le gros du cortège ressemble finalement à une manifestation ordinaire. Seul bémol, la pluie battante, qui a un peu éteint l'ambiance aux yeux de certains. Mais, philosophes, les manifestants les plus tenaces en ont tiré quelques slogans, comme le plus repris, "Le temps est pourri, le gouvernement aussi".

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