Bruxelles juge "indispensable" une hausse des salaires en Allemagne

Le commissaire européen chargé de l'Emploi regrette les "excédents commerciaux excessifs" de l'Allemagne, "qui font du tort à ses voisins européens".

La chancelière allemande, Angela Merkel, lors d\'une conférence de presse à Berlin, le 18 juillet 2014.
La chancelière allemande, Angela Merkel, lors d'une conférence de presse à Berlin, le 18 juillet 2014. (STEFAN BONESS / IPON / SIPA)

Une fois n'est pas coutume, Berlin se fait sermonner par l'Union européenne. Bruxelles juge "indispensable" une hausse des salaires en Allemagne, pour que le pays puisse aider ses voisins européens à la traine, a expliqué samedi 16 août le commissaire européen chargé de l'Emploi, Laszlo Andor.

"Il serait très important que l'Allemagne multiplie les investissements publics, stimule la demande et réduise ses excédents commerciaux excessifs, qui font du tort à ses voisins européens. Dans cet objectif, un changement de la politique salariale est indispensable, du point de vue de la commission", explique Laszlo Andor, dans un entretien accordé au quotidien allemand Die Welt, à paraître dimanche. "La hausse des salaires est restée en retrait par rapport à l'évolution de la productivité" depuis plus de dix ans en Allemagne, critique le commissaire européen. Il serait préférable que les salaires augmentent parallèlement à la productivité."

Le débat récemment ravivé en Allemagne

Le débat sur une hausse des salaires a récemment été ravivé en Allemagne. Le patron de la Bundesbank, Jens Weidmann, a notamment estimé que les salaires avaient une marge de progression de 3%, dans un pays où, par endroits, "nous sommes quasiment en situation de plein emploi".

L'Allemagne a appliqué une politique de bas salaires pendant des années, un facteur déterminant pour la compétitivité de ses entreprises. Dans une zone euro toujours en plein marasme économique, l'idée a fait son chemin chez certains Européens selon laquelle un coup de pouce aux salaires allemands profiterait à tous, en corrigeant le différentiel de compétitivité et en stimulant le pouvoir d'achat des foyers du plus grand marché de la zone.

La France est coutumière d'appels du pied en ce sens, dernièrement encore de la part du président François Hollande. La rhétorique a aussi ses partisans en Allemagne, notamment chez les sociaux-démocrates, à l'origine de la loi sur le salaire minimum, qui doit entrer en vigueur au 1er janvier 2015. Mais le ralentissement de l'économie allemande au deuxième trimestre jette un voile sur ces velléités de hausses de salaires. La croissance du pays a accusé un recul de 0,2% entre avril et juin. Dans ce contexte, le patronat allemand a déjà averti que les négociations salariales sectorielles prévues dans les prochains mois "allaient être difficiles".