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Guyane : "On n'écoute pas les élus locaux, on les marginalise, et après c'est la rue qui prend le pouvoir"

Invité de franceinfo, Patrick Karam, ancien délégué interministériel à l'égalité des chances des Français d'Outre-mer, a demandé des "réponses politiques" à la crise sociale qui secoue la Guyane. 

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Radio France
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Marche des élus de Guyane le 25 mars 2017 à Kourou. (LAURENT MARIMOUTOU / MAXPPP)

Le gouvernement "n'a pas assez soutenu les élus locaux" qui "discutaient" avec la population en Guyane, c'est ce qui explique qu'"aujourd'hui l'État n'a plus d'interlocuteur institutionnel avec qui discuter", a déclaré mardi 28 mars sur franceinfo Patrick Karam, conseiller régional Les Républicains d'Île-de-France et ancien délégué interministériel à l'égalité des chances des Français d'Outre-mer pendant la présidence de Nicolas Sarkozy.

Pour remédier à la crise, il réclame que la loi sur l'égalité réelle, qu'il a défendue à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy, soit "appliquée".

franceinfo : La situation en Guyane est-elle le résultat d'erreurs politiques ?

Patrick Karam : Ce qui se passe aujourd'hui est ce qui arrive après 70 ans de départementalisation. Ce qui arrive à la Guyane aurait pu se produire partout ailleurs. En 2009, c'était la Guadeloupe qui était en ébullition, la Martinique avait suivi. Vous avez des territoires avec deux à trois fois plus de chômage que la moyenne nationale, des taux de pauvreté qui explosent, un chômage des jeunes exponentiel, des retards de santé publique. La mortalité infantile est multipliée par cinq par rapport à l'hexagone. La Guyane est le premier territoire en termes de violence, il se rapproche du Brésil !

Quelles sont les réponses à apporter ?

Il faut sortir du plafond de verre issu de la départementalisation. Aujourd'hui, il y a une urgence à agir, or le gouvernement socialiste n'a eu de cesse que de marginaliser les élus locaux. On n'écoute pas les élus locaux, et après c'est la rue qui prend le pouvoir.

La métropole aurait négligé l'Outre-mer. Cela date ne date pas du quinquennat de François Hollande ?

Non, mais il faut apporter aujourd'hui des réponses politiques. Il y a un préalable : la sécurité. La Guyane est en urgence sociale. Il y a aussi l'ouverture aux bandes criminelles venues du Brésil, les orpailleurs. Les 500 frères est un collectif qui est apparu dans une conférence internationale à laquelle participait Ségolène Royal. Ce qu'on n'a pas compris, c'est que c'était le déclenchement de la crise. Parce que les élus locaux, qui dialoguaient avec la population, qui essayaient d'obtenir des avancées, se sont vus dépassés par ce mouvement, et les mouvements citoyens ont fleuri dans tous les domaines. C'est parce qu'on n'a pas assez soutenu les élus locaux. Aujourd'hui, l'État n'a plus d'interlocuteur institutionnel avec qui discuter.

Beaucoup de jeunes parlent créole à la maison, est-ce une forme d'exclusion ?

Il faut qu'en primaire, en CP et en CE1-CE2, les enseignants parlent le créole pour pouvoir transmettre en créole les mots. Mais on ne va pas dans cette direction-là. C'est la tentation centralisatrice de la France. On ne peut pas appliquer les mêmes principes fondamentaux à 8 000 km ! La situation est particulière. Pour certains élèves, il n'y a pas de cantine scolaire, il faut créer au moins 500 classes dans les prochaines années, des dizaines de collèges et de lycées. Les enseignants qui viennent de métropole et qui sont incapables de comprendre les demandes des enfants ne va pas les faire lever le doigt. Il faut sortir de l'idéologie rigide de l'Éducation nationale.

>> L'article à lire pour comprendre la situation en Guyane 

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