Bretagne: la colère des salariés de Tilly-Sabco en quatre actes

Les employés de l'entreprise agroalimentaire en difficulté ont enfoncé le portail de la sous-préfecture lundi à la mi-journée. Ils ont décidé de quitter les lieux après un contact positif avec le gouvernement.

Un salarié de Tilly-Sabco, volailler breton menacé de cessation de paiement, manifeste devant la sous-préfecture de Morlaix (Finistère), le 4 novembre 2013.
Un salarié de Tilly-Sabco, volailler breton menacé de cessation de paiement, manifeste devant la sous-préfecture de Morlaix (Finistère), le 4 novembre 2013. (DAMIEN MEYER / AFP)

Ils avaient prévenu qu'ils voulaient "casser", ils ont tenu parole. Les salariés de Tilly-Sabco, une entreprise agroalimentaire en difficulté, ont défoncé le portail de la sous-préfecture de Morlaix, dans le Finistère, lundi 4 novembre, en utilisant un engin de levage. Ils voulaient protester contre une décision d'arrêt de l'export de poulet qui menace 90% de l'activité de l'entreprise. Les salariés ont finalement quitté la sous-préfecture dans la soirée, après un contact positif avec le gouvernement. 

Francetv info revient sur les différentes étapes de ce nouveau conflit social en Bretagne.

Acte 1 : l'Europe coupe les subventions à l'exportation

C'est une décision prise au cœur de l'été et qui provoque peu de réactions, hormis en Bretagne. Comme l'explique alors Le Parisien, le 19 juillet dernier, la Commission européenne décide de supprimer les aides à l'exportation pour les poulets congelés. Cette suppression ne suscite aucune protestation dans les pays de l'Union européenne. Sauf en France, qui jusqu'ici se taillait la part du lion dans ces aides : 93,7% du budget européen de 55 millions d'euros ont été absorbés par des entreprises françaises pour la campagne 2012-2013. Et les groupes les plus touchés par cette décision sont les deux poids lourds du secteur, Doux et Tilly-Sabco.

La Commission justifie cette mesure par la baisse des cours des aliments pour les volailles et les bonnes perspectives d'exportation vers les pays extérieurs à l'UE. Le ministère français de l'Agriculture déplore aussitôt une "décision brutale" qui "fragilise la dynamique de restructuration engagée par les opérateurs depuis plusieurs mois". Le gouvernement français demande ensuite à l'exécutif européen de revenir sur sa position, au moins temporairement, le temps de trouver une solution à la crise de l'élevage en Bretagne. Dans la foulée, Doux et Tilly-Sabco appellent l'Etat français à "prendre des mesures d'urgence permettant le maintien du système des restitutions, le temps que les différents acteurs du marché puissent adapter leurs structures".

Acte 2 : Tilly-Sabco annonce une cessation de paiement

Comme l'explique Le Télégramme de Brest, le volailler finistérien annonce, le 31 octobre, la suspension, à partir du 4 janvier, de sa production de poulets pour l'export. Cette activité représente 90% du chiffre d'affaires (136 millions d'euros en 2012) de l'entreprise, qui emploie quelque 340 personnes. Comme il l'explique toujours au Télégramme, Daniel Sauvaget, le PDG de Tilly-Sabco, explique que sans les subventions, il ne peut concurrencer ses concurrents extra-européens, notamment les producteurs de poulets brésiliens. Il annonce surtout que 1 000 emplois sont indirectement menacés.

Acte 3 : les salariés expriment leur colère

Lundi 4 novembre, une réunion entre le sous-préfet et Daniel Sauvaget est organisée à la sous-préfecture, à Morlaix, pour avancer sur le dossier. Mais le chef d'entreprise, qui compte réclamer une réaction du gouvernement, n'est pas venu seul. Ses salariés organisent d'abord une opération escargot sur la RN12, l'axe routier principal du secteur. 

Puis un manifestant, coiffé d'un bonnet rouge, prend l'initiative de se mettre aux commandes d'un engin de chantier, garé devant la sous-préfecture, et défonce le portail en métal, permettant à ses collègues de pénétrer dans la cour, comme le décrit France 3 Bretagne.

FRANCE 3

Un cadre de Tilly-Sabco, Jean-Pierre Garion, assure avoir donné l'ordre de mener cette action, pour "montrer qu'on est déterminés". "Ça fait neuf mois qu'on fait des délégations, ça ne sert à rien, on nous mène en bateau. On nous prend pour des guignols", ajoute devant la presse ce responsable en approvisionnement.

Peu après, les forces de l'ordre prennent position dans le jardin et un feu est allumé par les manifestants dans la cour, alimenté par des feuillages et des pneus déversés par un tracteur, comme le relaie Ouest France.

Acte 4 : les salariés lèvent le camp

Daniel Sauvaget intervient pour calmer les esprits et éviter que les salariés ne s'engouffrent dans le bâtiment. Très remontés, ces derniers annoncent alors qu'ils comptent rester sur place jusqu'à ce qu'ils soient reçus par Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture. A la sortie de la réunion avec le sous-préfet, le PDG de Tilly-Sabco exprime sa solidarité avec ses employés en pointant du doigt le gouvernement : "Le message que j'ai fait passer, c'est qu'il y a un seul responsable, le ministre de l'Agriculture Le Foll. Son unique responsabilité, c'est d'obtenir que l'Europe remette en place les aides à l'exportation, sans quoi nous sommes morts. Il porte la responsabilité du devenir de nos emplois."

Dans la soirée, face au blocage de la sous-préfecture, le préfet du Finistère, Jean-Luc Videlaine, a appelé les salariés de Tilly-Sabco à "quitter les lieux". Puis, un peu plus tard, le PDG de Tilly-Sabco annonce que le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, s'est engagé à soutenir le dossier de l'entreprise auprès de Bruxelles. "Le ministre s'est engagé par écrit à demander un rendez-vous cette semaine avec le commissaire européen à l'Agriculture, Dacian Ciolos, auquel il participera avec les représentants de la filère, pour défendre les restitutions européennes", déclare-t-il. Sur BFMTV, Daniel Sauvaget rend "hommage" au ministre, qui "a su répondre présent". Dans la foulée, il demande aussi à ses salariés de partir. Visiblement, ces derniers l'ont écouté.