Ceta : de nouveaux marchés pour les fromages français

Le traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada n'est toujours pas signé. Mais il pourrait être une opportunité pour les fromages français.

45 fromages français sont classés en AOP (appellation d\'origine protégée).
45 fromages français sont classés en AOP (appellation d'origine protégée). (GAIZKA IROZ / AFP)

Et si le Ceta était une bonne nouvelle pour les exportations françaises ? Pour l'instant, c'est toujours l'incertitude sur la conclusion ou non de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada, la Wallonie refusant toujours de signer ce traité commercial.

Jusqu'à présent, on a surtout parlé des oppositions concernant cet accord. En France, les anti-Ceta craignent que le marché français soit à terme inondé de produits canadiens, dont le fameux bœuf aux hormones. Mais, ce traité pourrait aussi avoir du bon et être une bonne nouvelle pour les exportations de fromage français.

Le munster et le roquefort à la conquête de l'Amérique

Aujourd'hui, l'Union européenne est autorisée à vendre chaque année au Canada 17 000 tonnes de fromages exemptées de droit de douane. La France se taille la plus grande part du marché, car elle représente près de la moitié de ces ventes. Si le Ceta est conclu, ce quota de fromages européens vendus sans taxe doublerait, soit 34 000 tonnes.

Ce serait une bonne nouvelle pour la filière française, selon Olivier Picot, président de la Fédération française de l'industrie laitière, car, "ce que nous exportons le mieux dans le monde entier, ce sont nos appellations d'origine, que ce soit le roquefort, le munster, le cantal, le comté ou le morbier."

Évidemment, les plus grands producteurs et exportateurs s'y retrouveraient, mais pas seulement. "Certes, Lactalis [groupe laitier qui possède notamment les marques Présidents et Lactel] est le plus grand fabricant d'appellations d'origine en France. Mais il n'est pas le seul. Les autres opérateurs, privés ou les coopératives, sont présents à l'exportation sur l'ensemble des marchés, américains, ou demain canadiens", estime Olivier Picot.

Le risque : manger de la feta canadienne

Autre conséquence : l'accord du Ceta prévoit de protéger une petite trentaine d'appellations de fromages français. En revanche, seules 10% des indications géographiques européennes seraient reconnues, avec quelques nuances selon les cas.

"Nous n'aurons pas l'exclusivité de la commercialisation au Canada de la feta, par exemple, ou du parmesan. Ce sont des fromages qui sont déjà énormément produits au Canada. Les producteurs canadiens ne sont pas prêts à renoncer totalement à leur capacité à produire ces fromages-là. La solution en demi-teinte, c'est donc d'autoriser malgré tout la production de feta par le Canada, mais cette feta devra être mentionnée comme du fromage de 'style feta', et pas comme de la véritable feta", explique Charlotte Damanne, spécialiste en commerce international.

Cette nuance sur l'emballage permettra aussi d'imiter le gorgonzola italien ou le munster français.