"Dark stores" : quatre questions sur la proposition du gouvernement qui inquiète la mairie de Paris

Un projet d'arrêté ministériel pourrait légaliser ces supermarchés sans clients, d'où partent des livraisons pour les particuliers. La mairie de Paris, qui essaie de les réguler, s'inquiète, tandis que le gouvernement assure que ce texte est "mis en concertation, pour recueillir les observations".  

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Un "dark store" dans le centre de Paris, le 21 avril 2022.  (ARNAUD PAILLARD / HANS LUCAS / AFP)

Ils ont souvent les volets baissés ou les vitres peintes en noires pour rester discrets. A Paris, la plupart des "dark stores" sont installés illégalement, selon la mairie de Paris, à qui il faut d'abord demander l'autorisation avant d'implanter ce type de magasins, qui se situent à mi-chemin entre des supermarchés et des entrepôts. 

Un décret du gouvernement pourrait bientôt légaliser ces "dark stores", utilisés par les plateformes de livraison rapide de courses à domicile. Franceinfo répond à quatre questions pour comprendre pourquoi cette proposition fait débat. 

1Qu'est-ce qu'un "dark store" ?

Imaginez un supermarché dans lequel il n'y aurait aucun client. Dans les "dark stores", les étalages sont remplis de produits du quotidien. Mais pas question de venir y faire ses courses, seuls les livreurs peuvent entrer. Ces supérettes fantômes sont installées dans les grandes villes par les plateformes de livraison de courses à domicile, comme Cajoo, Flink, Uber Eats ou encore Gorillas. 

Ces applications permettent de se faire livrer des courses rapidement. Riz, jus d'orange, steaks hachés, haricots verts ou shampoing... Un livreur passe par le "dark store" pour récupérer les produits commandés et les apporter au client directement en bas de chez lui, le plus souvent en moins de 15 minutes. 

Pour relever ce défi de rapidité, ces surfaces sont installées dans les grandes villes, ou dans leur proche banlieue, souvent au rez-de-chaussée d'immeubles d'habitations. Selon la mairie de Paris, la capitale compterait désormais une centaine de ces installations, en plein essor depuis les restrictions de déplacement destinées à endiguer l'épidémie de Covid-19. 

2Pourquoi la mairie de Paris leur fait-elle la guerre ?

La plupart des "dark stores" sont installés à Paris de manière illégale. Pour implanter ce genre d'entrepôts-supermarchés, les plateformes de livraison instantanée doivent en théorie demander une autorisation. Mais en mars, 45 "dark stores" étaient installés illégalement dans la capitale, selon la mairie de Paris. 

Ils sont considérés par la mairie et les services de l'urbanisme parisiens comme des entrepôts, alors que les locaux dans lesquels ils ont été installés sont le plus souvent des locaux commerciaux. "Pour transformer un commerce en entrepôt, les acteurs du 'quick commerce' auraient dû demander une autorisation", détaillait le premier adjoint à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, en mars. 

Et la ville de Paris préférerait préserver des commerces plutôt que de voir ces entrepôts se multiplier. D'abord parce que les "dark stores" créent des nuisances pour les riverains, gênés par les va-et-vient des livreurs. Ensuite parce que les locaux occupés par ces entrepôts sont autant d'emplacements où des commerces ne peuvent pas s'installer.

Enfin, le "quick commerce" (commerce rapide) est utilisé par les clients au détriment de la consommation dans les commerces de proximité. "Les 'dark stores' entrent directement en concurrence avec les alimentations générales et les supérettes, les petits formats alimentaires de moins de 400 m2, analysait Pascal Madry, le directeur de l'Institut pour la ville et le commerce, auprès de franceinfo en mars. Sur Paris, le potentiel est d'environ 150 "dark stores", et s'il était atteint, c'est une centaine d'épiceries qui seraient menacées directement." 

3Pourquoi ce projet de décret inquiète-t-il la mairie de Paris ?

Un décret du gouvernement a attiré l'attention de la mairie de Paris. Emmanuel Grégoire, premier adjoint PS chargé de l'urbanisme, a tweeté samedi son "inquiétude" et son "incompréhension" à propos d'"un projet d'arrêté (...) qui légalise de fait les 'dark stores'." 

Le décret propose de considérer les "dark stores" comme des magasins normaux, et non plus comme des entrepôts. Cette proposition viendrait ainsi réduire les moyens juridiques de la mairie de Paris de lutter contre leur implantation. S'il est adopté, "un simple point de collecte suffira pour être considéré comme un commerce", a assuré l'élu parisien sur Twitter. Il demande "au gouvernement de suspendre ce projet et de convoquer une réunion de travail spécifique sur ce sujet avec France Urbaine (organisation rassemblant l'ensemble des métropoles, communautés urbaines, communautés d'agglomération et grandes villes de France) et les grandes villes concernées". 

4Pourquoi cette mesure n'est-elle pas encore définitive ? 

Un projet de décret et un projet d'arrêté sont bien "en cours d'élaboration" a précisé le ministère délégué auprès du ministre de la Transition écologique, chargé de la Ville et du Logement, auprès de l'AFP. "Oui, il faut réguler les 'dark stores' et trouver l’équilibre entre vitalité des centres-villes et emploi. C’est tout l’objet de ce projet !" a réagi le ministre délégué à la Ville, Olivier Klein, sur Twitter. Mais il précise que "ce texte est en concertation depuis juillet".

Le gouvernement a insisté sur le fait qu'il s'agit d'un projet de décret provisoire. "C’est un projet mis en concertation, pour recueillir les observations de Paris et d’autres municipalités." a confirmé sur Twitter le ministre délégué chargé des Transports, Clément Beaune, qui est aussi député de la 7e circonscription de la capitale. 

 "Dans les prochaines semaines, le travail d'adaptation du texte et de concertation des acteurs concernés va se poursuivre afin de concilier au mieux les différents enjeux", a ajouté le ministère de la Ville et du Logement. De son côté, la ministre des PME, du Commerce, de l'Artisanat et du Tourisme, Olivia Grégoire, a assuré qu'elle sera "vigilante à ce que le développement des 'dark stores' ne se fasse pas au détriment du commerce de détail".

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