Pourquoi Autolib' pourrait bientôt n'être plus qu'un vieux souvenir à Paris

Le syndicat gestionnaire du service de partage de voitures électriques propose de résilier le contrat conclu avec Bolloré en raison de la dette abyssale qui pèse sur ses comptes.

Une borne Autolib à Paris. Ce service de voitures électriques en autopartage avait été lancé en 2011 sous Bertrand Delanoë.  
Une borne Autolib à Paris. Ce service de voitures électriques en autopartage avait été lancé en 2011 sous Bertrand Delanoë.   (PHILIPPE ROYER / ONLY FRANCE / AFP)

Après le fiasco des Vélib', celui d'Autolib'Le syndicat Autolib' Vélib' Métropole proposera le 21 juin aux 98 communes qui le composent, dont Paris, de résilier le contrat conclu avec le groupe Bolloré pour gérer ce dispositif de voitures électriques en autopartage, a-t-il annoncé vendredi 15 juin. Cette annonce intervient alors qu'Autolib' est confronté à une dette abyssale, que les collectivités locales ne veulent pas absorber. Dans la capitale et en Ile-de-France, l'après-Bolloré se dessine en matière de service d'autopartage. Franceinfo vous explique pourquoi. 

Parce qu'Autolib' ne rapporte plus d'argent

Selon Le Monde, la dette d'Autolib' et du groupe Bolloré s'élève à 293,6 millions d'euros. Des chiffres confirmés au quotidien par la mairie de Paris. Lancé en fanfare en 2011, alors que Bertrand Delanoë est encore maire de la capitale, le service de voitures en autopartage, très novateur pour l'époque, fait face désormais à une révolution des façons de se déplacer, avec le vélo électrique, le VTC, la location de véhicules privés. Sans compter son image dégradée, aux voitures grises souvent sales.

Parce que la mairie de Paris veut se désengager

Anne Hidalgo est en froid avec le groupe Bolloré depuis que celui-ci lui a demandé, ainsi qu'aux autres collectivités utilisatrices du service, d'éponger la majorité de la dette d'ici à la fin de la concession avec la mairie, en 2023. Si le contrat d'exploitation d'Autolib' prévoit que le concessionnaire apure une dette maximale de 60 millions d'euros, Vincent Bolloré a demandé aux pouvoirs publics de payer 46 millions d'euros par an pour combler le reste du gouffre budgétaire. Une exigence "abracadabrantesque" pour la maire de Paris. Résultat : "la délégation de service public" pour Autolib' à Paris "n'est plus à l'ordre du jour", a-t-elle expliqué mercredi dans un entretien au Journal de l'automobile.

Mais vendredi dans la soirée, le groupe Bollorée a assuré dans un communiqué que l'autre option, celle d'une résiliation du contrat par le syndicat gestionnaire, coûterait 300 millions d'euros aux collectivités, soit encore plus cher, en raison de clauses prévues dans ce contrat.

Parce que les autres villes lui emboîtent le pas

Autolib' Vélib' Metropole, qui gère le dispositif pour les villes partenaires, ne veut pas non plus mettre la main à la poche pour éponger la dette. Dans un communiqué, ce syndicat d'élus a rappelé que le service de voitures en autopartage devait au départ fonctionner sans aucun fonds publics et même dégager un bénéfice "d'au moins 56 millions d'euros par an". Mais les résultats financiers n'ont jamais suivi. "A chaque fois, c'est pareil. On privatise les bénéfices et on fait payer le déficit aux collectivités", juge Danielle Simonnet, conseillère municipale de La France insoumise à Paris. 

Après réflexion, le syndicat Autolib' Vélib' Metropole a donc décidé de rompre le contrat conclu avec le groupe Bolloré. "Nous ne pouvons accepter de maintenir à flot le service déficitaire, alors même que le service se dégrade et que les usagers s'en plaignent. Payer les sommes astronomiques exigées par le groupe Bolloré pourrait mettre en péril l'équilibre budgétaire des communes concernées", a prévenu sa présidente, Catherine Baratti-Elbaz.