Prix des carburants : si on n'avait pas gelé la taxe, "on aurait une situation explosive du point de vue du pouvoir d'achat"

Alors que le sans-plomb n'a jamais été aussi cher depuis 2013, le diesel approche de son record historique de 2018.

Un homme faisant le plein de son véhicule dans une station-service d\'un hypermarché Leclerc, en novembre 2018.
Un homme faisant le plein de son véhicule dans une station-service d'un hypermarché Leclerc, en novembre 2018. (STÉPHANIE BERLU / RADIO FRANCE)

Les prix à la pompe se sont envolés depuis le début de l'année, avec une augmentation de 8 euros par plein entre janvier et avril. En cause, les cours du brut qui ont flambé, l'OPEP et les autres pays producteurs de pétrole ayant resserré la production.

Pour François Carlier, délégué général de l'association de consommateurs CLCV, le gel de la taxe carbone a toutefois servi à éviter "une situation explosive du point de vue du pouvoir d'achat". S'il reconnaît, lundi 6 mai sur franceinfo, que les marges de manœuvres sont limitées, il évoque une baisse des marges distributeurs et une révision des certifcats d'économie d'énergie.

franceinfo : Le gel de la taxe carbone n'a rien changé ?

François Carlier : Le gel de la taxe a servi à quelque chose parce que si on ne l'avait pas fait, les prix seraient encore plus élevés et on aurait une situation qui serait explosive du point de vue du pouvoir d'achat. Donc je dirais que ce gel de taxe était quand même tout à fait bienvenu. Depuis, les prix sont repartis fortement à la hausse. Ça, c'est la situation des cours mondiaux desquels on est assez prisonniers. Mais il y a deux choses : la marge de la distribution, c'est-à-dire la marge des stations-service, est quand même plutôt assez élevée. Je dirais qu'il y a 2-3 centimes à gratter de ce point de vue-là. La deuxième chose, c'est qu'il y a un système qui s'appelle les certificats d'économie d'énergie, qui est un système qui permet de financer les économies d'énergie mais qui est payé par une sorte de petite taxe, tant sur les carburants que sur le gaz et l'électricité. Ça représentait à peine 1 centime sur le prix du carburant il y a quelques années. Ça a beaucoup augmenté et maintenant ça représente près de 3-4-5 centimes. Et donc là aussi effectivement, il y a eu quelques centimes qui sont rajoutés sur lesquels on pourrait discuter.

Elles sont minimes ces marges de manœuvres ?

Je reconnais. On essaie de trouver quelques moyens. Il y a quelques centimes sur lesquels on pourrait discuter. Mais là, pour le coup, pour le reste, c'est assez essentiellement la situation des cours mondiaux. Et ça, c'est difficile d'y faire quelque chose.

L'idée de la TIPP flottante revient sur le tapis, rejetée par le ministre de la Transition écologique, François de Rugy ?

Ce serait une idée mais comme on nous la refuse depuis 15 ans, on finit par ne plus trop y croire. Je dirais que déjà, vu que les prix sont très très élevés, ça plaide en tous cas pour maintenir le gel de la taxe carbone, de ne pas augmenter déjà les taxes sur le carburant lors de la prochaine loi de finances. C'est la solution déjà la plus raisonnable et le minimum qui se ferait. Après, on peut tout à fait réfléchir vers une baisse temporaire de la taxe sur les carburants. On voit quand même que la porte est fermée.