Les nouvelles normes d'homologation des voitures, "une façon pour l'Union européenne de purger les erreurs du passé"

La mesure s'applique à partir du 1er septembre pour tous les véhicules neufs.

Voitures neuves, illustration.
Voitures neuves, illustration. (SALESSE FLORIAN / MAXPPP)

Les ventes de voitures neuves ont explosé en ce mois d'août. Près de 40% d'augmentation pour les immatriculations en France par rapport au mois d'août de l'an dernier, selon le Comité des constructeurs français d'automobiles. Une hausse liée à l'entrée en vigueur d'une nouvelle norme européenne d'homologation des véhicules (WLTP), plus sévère et plus réaliste, pour mesurer la consommation et les émissions des véhicules.

Une mesure qui fait grincer des dents certains constructeurs mais qui "va dans le bon sens", affirme samedi 1er septembre sur franceinfo Laurent Meillaud, journaliste spécialisé automobile, rédacteur en chef du magazine bimestriel Ingénieurs de l’auto. Pour lui, cette nouvelle norme "c'est de la transparence, des valeurs de consommation qui sont plus proches de ce que le client peut constater au quotidien" et aussi "une façon de purger les erreurs du passé" pour la Commission européenne.

franceinfo : L'entrée en vigueur de cette nouvelle norme est-elle une bonne nouvelle pour les consommateurs et la planète ? Est-ce une façon de répondre aux polémiques du "dieselgate" par exemple ?

Laurent Meillaud : Quand il y a eu le "dieselgate" avec l'affaire Volkswagen, les autorités en Europe se sont penchées sur la façon dont les voitures étaient homologuées. Il y a eu un big bang et même si cette règle du nouveau cycle était dans les tuyaux, elle a été appliquée plus rapidement que prévu. En fait, elle s'applique depuis déjà un an pour les nouveaux modèles, la différence c'est qu'elle s'applique à partir d'aujourd'hui pour tous les véhicules neufs vendus sur le marché. Et c'est pour ça que cela a provoqué un vent de panique chez les constructeurs. Parce que plus vous avez de marques, plus vous avez de modèles et plus cela prend de temps pour les faire homologuer à nouveau. Mais la finalité dans tout cela c'est de la transparence, des valeurs de consommation qui sont plus proches de ce que le client peut constater au quotidien, et plus un écart extrême comme c'était le cas auparavant, mais aussi des valeurs pour la pollution qui sont plus réalistes.

Certains constructeurs, comme Volkswagen disent qu'ils n'ont pas eu le temps de mettre leurs véhicules aux normes. Est-ce une façon de condamner ces normes plus sévères ?

C'est vrai qu'ils n'ont pas eu le temps de par la taille du groupe. Néanmoins, certains constructeurs ont bien réussi à anticiper. Mais si on prend le cas de Volkswagen, ils ont beaucoup de modèles donc ça pose des problèmes de production. Pour le cas de Porsche par exemple, aujourd'hui on ne peut pas commander de Porsche, aucun modèle, parce qu'ils ne sont pas encore homologués. Pour la première fois, la marque incite les clients à acheter des véhicules d'occasion, ce qui ne s'était jamais vu. Le groupe Volkswagen a dû faire des choix pour enlever du catalogue certains modèles pour le moment. Certains ne sont pas disponibles parce qu'ils ne sont pas encore homologués.

À côté de ce mastodonte qui a beaucoup de marques, prenons le cas d'un Français vertueux : le groupe PSA a réussi à homologuer, lui, toute sa gamme. Parce qu'il avait fait un choix technique pertinent dès le début. Pour le diesel, il avait choisi une solution à base d'additif qui élimine les oxydes d'azote, cela s'appelle la catalyse sélective. Certains constructeurs le font, pas tous, mais PSA avait choisi cette voie-là. Et pour l'essence, il avait opté aussi pour les filtres à particules parce que les normes étaient aussi devenues plus sévères pour les moteurs à essence. En ayant fait les bons choix techniques dès le début, il a pu passer sans problème ce cycle WLTP, la procédure d'essai mondiale pour les voitures particulières et véhicules utilitaires légers. Alors que certains constructeurs qui n'avaient pas opté pour ces choix techniques ont dû eux les intégrer d'urgence, et c'est ce qui a provoqué des dépenses et quelques problèmes d'embouteillage.

Avez-vous eu connaissance de cas de constructeurs qui auraient accordé de gros rabais sur des véhicules qu'ils n'auraient pas pu vendre à partir d'aujourd'hui ?

Je ne peux pas répondre vraiment à cette question. Mais si on veut avoir une idée de volume, puisque l'on parle de Volkswagen, le constructeur a loué des espaces pour cela à l'aéroport de Berlin. En fait, il est obligé de stocker l'équivalent de 250 000 véhicules donc c'est un léger problème. Après, ce qui est certain c'est que cette mesure va dans le bon sens. De toute façon, l'association des constructeurs européens reconnaît que c'est beaucoup mieux d'avoir ce genre de cycle. Néanmoins, c'est vrai que d'habitude il y a un peu plus de délai entre l'application pour les nouveaux modèles et la généralisation à l'ensemble des véhicules neufs. Là, Bruxelles n'a autorisé que 12 mois et c'est peut-être une façon de montrer aux constructeurs que la Commission européenne est mécontente et une façon de purger les erreurs du passé.