C4 Cactus, Renault Captur... Seize mois après le début du "dieselgate", des enquêtes et de lents progrès

Dans un rapport révélé mardi, Citroën se voit soupçonnée d'utiliser un logiciel pour fausser les émissions polluantes des moteurs diesel de la C4 Cactus. Depuis le scandale Volkswagen, les enquêtes se multiplient et les progrès sont lents.

Un pot d\'échappement (photo d\'illustration)
Un pot d'échappement (photo d'illustration) (JAMES HARDY / MAXPPP)

Marqués par le scandale des moteurs truqués Volkswagen qui a éclaté en septembre 2015, voilà plusieurs mois que des groupes de travail scrutent les performances des voitures qui circulent en Europe. Dans un rapport que franceinfo a pu consulter, le Joint Research Center (JRC), un laboratoire scientifique rattaché à la Commission européenne, pointe du doigt les émissions polluantes du modèle diesel de la Citroën C4 Cactus. La semaine précédente, Renault et Fiat Chrysler étaient également soupçonnés de tromperie.

Seize mois après le début de l'affaire Volkswagen, Anne-Laure Barral, spécialiste environnement de franceinfo, fait le point sur les enquêtes et procédures en cours, ainsi que sur les quelques progrès observés.

Qu'est-il reproché à la C4 Cactus ?

Sans apporter de preuve accablante, le rapport du JRC sur le Citroën C4 Cactus amène de nouveaux soupçons de triche. Ce n'est plus un secret pour personne : les tests en condition réelle de conduite montrent souvent des dépassements bien supérieurs aux performances affichées par les voitures lors des tests d'homologation en laboratoire. Mais le JRC montre que la C4 Cactus du groupe PSA n'est pas toujours bonne élève en laboratoire, en particulier sur ses émissions de dioxyde d'azote. Très nocives pour la santé, les émissions de gaz Nox explosent jusqu'a trois fois et demi la norme dès que la température du test change.

"Cela tend à démontrer que le logiciel est contourné dès qu'on modifie les conditions du test", souligne Yannick Jadot, candidat à l'élection présidentielle, député écologiste européen et membre de la commission parlementaire créée après le scandale Volkswagen.

On est dans une situation de forte suspicion de logiciel frauduleux.Yannick Jadotà franceinfo

Autre problème pointé du doigt par Yannick Jadot : "Dans des conditions de pic de pollution, le système de dépollution ne fonctionne pas ou mal, mettant en danger notre santé." De son côté, Peugeot, qui se vante régulièrement d'avoir une technologie plus performante que les autres contre la pollution, affirme ne pas avoir eu connaissance de ce rapport du JRC et s'interroge sur la méthodologie. Ces tests semblent surtout démontrer que le constructeur a les mêmes faiblesses.

Rapport du Joint Research Center sur les émissions de la Citroën C4 Cactus by Franceinfo on Scribd

Vers de nouvelles enquêtes en France ?

Le 29 juillet, la ministre de l'Environnement Ségolène Royal a rendu public le rapport final de la commission technique de contrôle des émissions polluantes mise en place à la suite du scandale des moteurs truqués de Volkswagen. Sur la centaine de véhicules testés, les analyses n'ont pas permis de démontrer la présence de logiciels truqueurs. Elles ont toutefois mis en avant des écarts plus importants sur certains modèles, notamment la Renault Captur.

Une information judiciaire concernant une éventuelle "tromperie" a été ouverte contre le groupe Renault le 13 janvier par le parquet de Paris. "Nos véhicules sont tous homologués et conformes à la réglementation. Nous n'avons pas de logiciel de fraude", a commenté mardi le directeur commercial du constructeur, Thierry Koskas, au moment de présenter les excellents résultats du groupe.

La ministre Ségolène Royal estime que de nouvelles enquêtes concernant d'autres constructeurs pourraient être ouvertes. Le 13 janvier, Fiat Chrysler s'est à son tour retrouvé dans l'œil du cyclone : le groupe italo-américain a été interpellé par l'Agence américaine de protection de l'environnement pour avoir installé un logiciel controversé sur ses modèles Jeep Cherokee et Dodge Ram 500.

Quels moyens d'action pout les États ?

De nombreuses associations reprochent aux États de ne pas être suffisamment les garants de l'environnement et de la santé publique. Avec un bonus écologique, la France a subventionné pendant huit ans l'achat de voitures qui émettaient de toute évidence beaucoup plus de CO2 que la norme en condition réelle de conduite. 

Les vignettes antipollution Crit'air mises en place à Paris, à Lyon ou à Grenoble ont leurs failles. Un véhicule Volkswagen porteur d'un logiciel truqueur peut par exemple prétendre à une vignette jaune, l'une des plus vertueuses. S'il émet effectivement moins de particules, il reste toutefois problématique sur ses émissions d'oxyde d'azote. "Si ces véhicules circulent lors d'un pic de pollution aux oxydes d'azote, la situation risque de très peu de s'améliorer", commente Lorelei Limousin, du réseau Action climat.

Quelles sont les pistes pour faire évoluer les choses ? Changer le système d'homologation de voitures au niveau européen, faire des tests plus proches des conditions réelles de conduite, créer une autorité de contrôle independante pour mesurer les performances des voitures. Le débat avance doucement à l'échelle européenne, alors que les rapports sur la réalité des performances de nos voitures s'accumulent...