"Je n'ai pas fui la justice, je me suis libéré de l'injustice" : assigné à résidence au Japon, Carlos Ghosn confirme être arrivé au Liban

L'ancien patron de Renault et Nissan est sous le coup de quatre inculpations au Japon.

L\'ancien patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, le 1er octobre 2018 à Paris.
L'ancien patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, le 1er octobre 2018 à Paris. (ERIC PIERMONT / AFP)

Coup de théâtre. L'ex-patron du groupe Renault-Nissan, Carlos Ghosn, a confirmé, mardi 31 décembre dans un communiqué, se trouver au Liban après avoir quitté le Japon où il est sous le coup de quatre inculpations. "Je suis à présent au Liban. Je ne suis plus l'otage d'un système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de culpabilité", a-t-il écrit, selon ce document transmis par ses porte-parole. "Je n'ai pas fui la justice, je me suis libéré de l'injustice et de la persécution politique. Je peux enfin communiquer librement avec les médias, ce que je ferai dès la semaine prochaine", ajoute-t-il.

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Il s'agit d'un développement inattendu pour le magnat déchu de l'automobile, jusque-là assigné à résidence au Japon, où il attendait d'être jugé à partir d'avril 2020 pour des malversations financières présumées. Carlos Ghosn est arrivé lundi à l'aéroport de Beyrouth, avait au préalable indiqué à l'AFP une source sécuritaire, confirmant des informations de médias libanais. Un autre responsable libanais a confirmé à l'AFP cette information, ajoutant "que la manière dont il a quitté le Japon n'est pas claire".

130 jours de détention provisoire

Après son arrestation, le 19 novembre 2018 à Tokyo, ses avocats et sa famille ont vivement dénoncé ses conditions de détention, le traitement qui lui a été infligé et la façon dont la justice japonaise mène la procédure à charge dans ce dossier. Il avait été libéré sous caution fin avril, mais sous de strictes conditions : il lui était notamment interdit de voir ou contacter sa femme, Carole. Mi-novembre, il avait pu lui parler à distance, par vidéoconférence, pour la première fois depuis près de huit mois.

Quelques jours plus tôt, ses enfants avaient réclamé un procès "équitable" pour leur père dans une tribune publiée sur franceinfo. Selon ses défenseurs et son équipe de communication, Carlos Ghosn demandait "la levée totale" des différentes interdictions qui pesaient sur lui, les jugeant "excessives, cruelles et inhumaines, et afin que soient respectés ses droits fondamentaux ainsi que ceux de son épouse".

Celui qui avait été salué comme "le sauveur de Nissan" après son arrivée dans le groupe japonais en 1999 a passé au total 130 jours en prison entre novembre 2018 et avril 2019, en cumulant garde à vue et détention provisoire. Carlos Ghosn, qui fut le chef d'entreprise le mieux payé au Japon, fait l'objet de quatre inculpations dans ce pays : deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (qui est aussi poursuivi sur ce volet), et deux autres pour abus de confiance aggravé.

Des passeports confisqués

Conséquence de cette affaire retentissante : le dirigeant franco-libano-brésilien a été éjecté de ses sièges de président de Nissan et de Mitsubishi Motors (troisième membre de l'alliance) dans les jours suivant son interpellation il y a treize mois. Il a ensuite démissionné de la présidence de Renault, avant même que d'autres investigations ne soient menées en France à son encontre. Depuis le début de l'affaire, Carlos Ghosn dénonce un "complot" de la part de Nissan pour empêcher un projet d'intégration plus poussée avec Renault.

Les conditions de liberté de l'ex-PDG de Renault-Nissan précisaient que ses passeports étaient gardés par ses avocats, garants du respect des règles imposées par la justice à son égard. Son assignation à résidence à Tokyo lui laissait la liberté de voyager à l'intérieur du Japon, mais la durée d'absence de son domicile était réglementée.