Holding de Renault aux Pays-Bas : "On ne peut pas tout mettre sur le dos de Carlos Ghosn" selon un spécialiste de l'automobile

La CGT de Renault dénonce les activités opaques d'une holding aux Pays-Bas dans la rémunération de cadres de l'entreprise. Mais pour Jean-Jacques Chanaron, spécialiste de l’industrie automobile invité de franceinfo, "On ne peut pas tout mettre sur le dos de Carlos Ghosn".

Carlos Ghosn lors de la présentation des résultats du groupe Nissan en 2015.
Carlos Ghosn lors de la présentation des résultats du groupe Nissan en 2015. (TOSHIFUMI KITAMURA / AFP)

"Le montage initial a été fait par Louis Schweitzer [l'ancien président de Renault] donc on ne peut pas tout mettre sur le dos de Carlos Ghosn. En tout cas, pas la création d’une structure délocalisée dans un pays moins regardant sur les transferts financiers", a réagi Jean-Jacques Chanaron, spécialiste de l’industrie automobile et professeur à l’École de management de Grenoble, invité de franceinfo jeudi 27 décembre. La CGT de Renault dénonce un manque de transparence du constructeur et en particulier l'existence d'une holding aux Pays-Bas, qui aurait servi à rémunérer de hauts cadres de Renault.

franceinfo : Est-on dans un cas classique de montage pour une alliance industrielle ?

Jean-Jacques Chanaron : Je ne suis pas sûr que ça soit très classique mais ça avait été créé par Louis Schweitzer entre 1999 et 2002 pour assurer un peu de flexibilité et pour que ce ne soit ni en France, ni au Japon. À l’époque, c’est vrai que ça paraissait un peu bizarre que cette holding soit basée aux Pays-Bas mais comme cela n’apparaissait jamais et que ça ne brassait pas des chiffres d’affaires énormes, personne ne s'en est trop inquiété. D'ailleurs, aucun gouvernement ne s’est inquiété du fait que ce soit basé aux Pays-Bas.

C’est antérieur à l’arrivée de Carlos Ghosn ?

Non, il était directeur général adjoint depuis 1996 puis il est devenu PDG en 2005. Le montage initial a été fait par Louis Schweitzer donc on ne peut pas tout mettre sur le dos de Carlos Ghosn. En tout cas, pas la création d’une structure délocalisée dans un pays moins regardant sur les transferts financiers.

Certains membres du comité exécutif de Renault ont touché par cette structure des compléments de rémunération, et la CGT estime que les éléments n'apparaissent pas dans les lignes de comptes de Renault. C’est normal ou ça ajoute à la suspicion ?

C’est normal car c’est une structure financière indépendante, partagée officiellement à 50-50 entre Renault et Nissan donc ils doivent avoir leur propre rapport financier annuel. Mais cette holding basée aux Pays-Bas, c’est sûrement pour des raisons fiscales et de souplesse dans le cadre de la mondialisation. Ce n’est pas le seul groupe international qui a des structures un peu partout et qui se sert d’écrans pour des rémunérations complémentaires.