"Je pense qu'on est sur le bon chemin" : des livreurs à vélo se regroupent en coopératives pour échapper à la précarité

Alors que le statut des travailleurs des plateformes fait l'objet à partir de vendredi d'une concertation entre le ministère du Travail et les partenaires sociaux, des coursiers ont fait le pari de la coopérative pour bénéficier de meilleures conditions de travail.

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Radio France
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Trois livreurs d'Olvo, une entreprise de cyclo-logistique créée il y a cinq ans et transformée depuis en SCOP, une société coopérative de production. (OLVO)

Quel statut et quelle protection sociale pour les travailleurs des plateformes, comme Uber ou Deliveroo ? Des travailleurs juridiquement indépendants, mais en réalité économiquement dépendants. C’est l’un des enjeux de la concertation qui s’ouvrait vendredi 17 décembre entre le ministère du Travail et les partenaires sociaux. Pour échapper à une précarité grandissante, des livreurs à vélo se regroupent dans des coopératives, comme Olvo à Paris.

Les conditions de travail d'un salarié classique 

Au fond du hangar de 750 mètres carrés, la table est dressée. Ce midi-là, dans les locaux de cette coopérative, c’est pâtes à la sauce tomate. De généreuses assiettes accueillent les coursiers en vélo cargo d’Olvo, une entreprise de cyclo-logistique créée il y a cinq ans et transformée depuis en SCOP, une société coopérative de production. "L’une des grandes missions d’Olvo, précise Paul Roudaut, l'un des gérants, c’est de sauver un maximum de travailleurs ubérisés de plateformes en leur fournissant des conditions de travail qui soient celles d'un salarié classique avec des congés payés, une couverture maladie et une mutuelle. Il y a aussi la qualité d'associé qui peut être acquise au bout de six mois de présence dans la coopérative et qui comporte à la fois un droit de vote en assemblée générale et un intéressement aux bénéfices de l'entreprise." Les produits livrés vont pêle-mêle des matelas, aux repas en passant par les fûts de bière ou les prothèses dentaires.

De meilleurs salaires

Cette coopérative compte désormais 32 salariés, dont Théophile, 22 ans. Il vient d'être embauché à 1 420 euros net par mois après avoir pédalé pour Deliveroo et UberEats. "J’ai arrêté [ces plateformes] parce que ce n'était plus possible. Avec UberEats, dans le 19e arrondissement par exemple, aux Buttes-Chaumont, les courses étaient à deux euros, voire moins. Et on n'est même pas sûrs d'avoir une course par heure. Deliveroo, c'était en mode 'tant que tu bossais t’avais du travail' mais si un jour tu prenais une semaine de congés, l'algorithmique pouvait se dire que tu n’étais pas fiable ou je ne sais quoi et ne plus te donner de travail comme avant." 

Les grandes plateformes numériques représentent une mauvaise expérience aussi pour Arcadio, désormais en CDI chez Olvo. "J'ai commencé chez Deliveroo. Les conditions étaient horribles, mais vraiment, c'était hyper dur. Je suis très, très content d'être ici parce que ce n'est pas du tout la même chose", témoigne-t-il. Et il ne regrette pas son choix. "Je pense qu'on est sur le bon chemin de la construction d'un joli projet", poursuit le livreur.

"Juste l'idée d’avoir des vacances, d’être salarié, d’avoir un CDI, une assurance… être respecté."

Arcadio

à franceinfo

Les coopératives sont-elles alors la planche de salut des livreurs à vélo ? Un récent rapport propose qu'elles puissent jouer un rôle d'intermédiaire entre des travailleurs indépendants et les grandes plateformes. Idée jugée saugrenue par le secteur coopératif, qui se revendique comme une véritable alternative et pas une solution pour des plateformes qui n'assument pas leurs responsabilités d'employeur.

Une réfléxion sur la question des droits sociaux des travailleurs des plateformes va être lancée

A l’issue de la première réunion de concertation qui s'est ouverte vendredi matin avec les partenaires sociaux, le ministère du Travail a annoncé la création d’une mission. Elle sera composée de Bruno Mettling, ancien DRH du groupe Orange et président du groupe Topics, de Pauline Trequesser, travailleuse indépendante et animatrice d’un collectif de free-lance et de Mathias Dufour, ancien haut-fonctionnaire et président d’un think tank.

Le trio sera chargé de réfléchir à la question des droits sociaux des travailleurs des plateformes (accident du travail, maladie professionnelle, complémentaire santé, droit à l’assurance chômage…), à la création d’une forme de dialogue social entre des travailleurs qui ne sont pas salariés et des plateformes qui ne sont pas employeurs, avec des règles de représentativité, des modalités d’élections et d’instances de négociation. Le trio devra aussi faire des propositions en matière de régulation du secteur, sur la transparence des données et des algorithmes.

Les travaux de cette mission, qui ont vocation à être transcrits dans la loi, devront obtenir l’approbation des organisations syndicales et patronales, mais aussi des travailleurs des plateformes et de ceux qui les représentent. Des collectifs pourront être associés aux discussions, précise le ministère du Travail.

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