Le bronzage seins nus n'a plus la cote et ne séduit plus que "à peine 22%" des femmes", selon une étude Ifop

La tendance du "topless" en été opère un sérieux recul selon les résultat d'une enquête publiée mercredi par l'Institut français d'opinion publique (Ifop). 

Le topless en net recul en France selon le dernier sondage Ifop. 
Le topless en net recul en France selon le dernier sondage Ifop.  (MICHEL CLEMENTZ / MAXPPP)

Bronzer les seins nus sur la plage, cette pratique très en vogue  il y a trente ans, est désormais en net recul, selon une étude de l’Ifop pour le site viehealthy.com publiée mercredi 24 juillet. 5 000 femmes ont été interrogées pour comprendre les raisons de la baisse du monokini. "À peine 22% d'entre elles déclarent enlever régulièrement ou occasionnellement le haut en été", explique François Kraus, directeur du pôle actualité de l'Ifop, sur franceinfo.

"L'un des premiers motifs avancés par l'ensemble des Françaises est plutôt d'ordre sanitaire", détaille-t-il, mais les jeunes femmes de moins de 25 ans expliquent qu’elles "se couvrent les seins par la crainte d'attiser le désir des hommes et, pour une majorité d'entre elles, d'être l'objet d'agressions physiques ou sexuelles". Enfin, il ajoute que "la crainte de ne pas répondre aux canons de beauté en vogue constitue aussi un frein".

franceinfo : Qu’est-ce qui ressort de cette étude ?

François KrausOn voit que s’il y a une cinquantaine d'années les Françaises étaient les premières à se livrer à la pratique des seins nus sur les plages publiques, le nombre d'adeptes diminue d'année en année. On a à peine 22% d'entre elles qui déclarent enlever régulièrement ou occasionnellement le haut en été, contre plus d'une sur trois il y a dix ans, et elles étaient 43% au milieu des années 1980 qui était la grande époque du bronzage monoï et du culte du teint hâlé. Bien sûr qu'il y a un recul de la pratique du monokini, mais qui n'est pas circonscrit à l'Hexagone. On retrouve la même tendance à la baisse dans les pays voisins comme l'Italie, le Royaume-Uni, l'Allemagne ou l'Espagne.

Est-ce que ça veut dire que les messages de santé publique sont désormais intégrés ?

Oui, on voit bien que l'un des premiers motifs avancé par l'ensemble des Françaises est plutôt d'ordre sanitaire. 56% d'entre elles avancent le risque que l'exposition au soleil fait encourir à leur peau. On voit bien là l'impact des discours de mise en garde d'ordre médical qui, au fil des années ont diffusé l'idée que le topless était une technique de bronzage à risque.

Y a-t-il aussi une forme de pudeur, voire de pudibonderie ?

Pudibonderie, c'est peut-être exagéré. Mais le couvrement de la poitrine des jeunes femmes de moins de 25 ans, qui sont aussi celles les plus exposées au harcèlement de rue, s'explique aussi par des motifs d'ordre sécuritaire. Elles expliquent avant tout qu’elles se couvrent les seins par la crainte d'attiser le désir des hommes et, pour une majorité d'entre elles, d'être l'objet d'agressions physiques ou sexuelles. Signe que la pression sexuelle qui s'exerce sur elles toute l'année continue en été. On voit aussi que les jeunes filles sont beaucoup plus pudiques, entre guillemets. Il y a un rapport au corps beaucoup moins épanoui, décontracté que les personnes plus âgées. On peut se demander s'il n'y a pas aussi le signe que c'est autant le regard des autres que le regard qu'elles portent sur elles-mêmes qui poussent les jeunes Françaises à moins dévoiler aujourd'hui qu'hier. Et là-dessus, il faut rappeler qu'il y a un contexte de plus en plus marqué par le déferlement d'images de corps parfaits sur les réseaux sociaux, la presse féminine.

La crainte de ne pas répondre aux canons de beauté en vogue constitue aussi un frein pour toutes celles qui ont intériorisé un peu l'idée qu'il fallait avoir un corps irréprochable pour se permettre de le montrer en public.François Krausà franceinfo

Vous évoquez la peur du regard des autres. Est-ce qu'on a une idée de la perception des hommes sur cette pratique ?

Globalement, les hommes sont beaucoup plus tolérants à l'égard de la nudité féminine sur la plage ou dans les piscines publiques. Donc, c'est pour ça qu'on a quand même essentiellement interrogé les femmes sur le sujet, pour éviter ce biais un peu voyeur entre guillemets. Mais souvent les femmes sont plus gênées à l'idée que d'autres femmes se dénudent sur la plage ou dans les piscines. Le rapport à la pudeur est quand même très genré. Il ne concerne pas que les femmes puisqu’on a aussi testé la question des hommes marchant le torse nu, qui suscite toujours des problèmes dans les villes balnéaires. Et là les femmes sont aussi plus gênées. Il faut comprendre les jeunes les femmes aussi ont une socialisation de genre sur ces questions de pudeur qui est beaucoup plus forte que les hommes. Cette problématique du l'exposition des corps est une problématique beaucoup plus large qui ne se limite pas aux plages.

Le sondage a été effectué auprès d'un échantillon représentatif de 5 026 femmes de 18 ans et plus, résidant en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, par questionnaire auto-administré en ligne du 11 au 15 avril.