Réintroduction d'ourses dans les Pyrénées-Atlantiques : une décision "qui évite la disparition imminente" de l'espèce dans la région

Alain Reynes, directeur de l'association Pays de l'Ours a réagi mardi sur franceinfo à l'annonce de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique.

Un ours brun dans la réserve animalière du parc naturel des Pyrénées.
Un ours brun dans la réserve animalière du parc naturel des Pyrénées. (MAXPPP)

Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a annoncé mardi 27 mars qu'il voulait réintroduire à l’automne deux ourses femelles dans les Pyrénées-Atlantiques. Une décision qui va permettre "d'éviter la disparition de l'espèce" dans cette région des Pyrénées estime mardi sur franceinfo Alain Reynes, directeur de l'association Pays de l'Ours.

franceinfo :  Depuis près de 30 ans, vous faites la promotion de la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées. Comment accueillez-vous cette décision de Nicolas Hulot ?

Alain Reynes : C'est une bonne nouvelle que nous attendions, que nous espérions. Maintenant, la vraie bonne nouvelle ce sera quand les ourses seront effectivement lâchées dans les Pyrénées. Là, on parle des Pyrénées-Atlantiques et du Béarn, où il reste, en tout et pour tout, deux ours mâles. Donc chacun comprend bien qu'il n'y a aucune perspective d'avenir pour ces deux mâles si on n’y lâche pas des femelles. Et Nicolas Hulot était là dans une situation d'urgence, prendre les mesures conservatoires pour éviter la disparition de l'espèce qui était imminente s'il ne faisait rien.

Comment se fait-il qu'il n'y ait plus que deux mâles ?

Tout simplement parce qu'on est là sur un dossier historique, c'est-à-dire que lentement la population d'ours a décliné dans les Pyrénées. La concertation locale, pourtant menée depuis plus de vingt ans par l'État avec les acteurs locaux, n'avait pas, jusqu'à présent, permis d'aboutir à un accord pour commencer à restaurer la population et lâcher des femelles. Il fallait absolument prendre cette mesure qui est une mesure minimale. Chacun comprend, bien évidemment, qu'en lâchant deux femelles on n’assure pas un avenir durable à une population mais - et c'est l'objectif - on évite la disparition imminente. L'ours fait partie du patrimoine pyrénéen, national, biologique. On est en ce moment entrain de se rendre compte que la perte de biodiversité au niveau global - y compris au niveau local - est une catastrophe à venir. Donc tout ce qu'on peut faire pour éviter la perte de biodiversité est évidemment fondamental et très important pour l'avenir.

D'où vont venir ces ourses ?

Le plus probable est qu'elles viennent de Slovénie comme les précédents ours qu'on a lâchés dans les Pyrénées. Maintenant, Nicolas Hulot a annoncé qu'il y aurait des contacts avec plusieurs pays, il y a effectivement plusieurs sources possibles. Mais ce n'est pas la question essentielle. La question essentielle étant d'avoir des individus qui sont les plus proches possibles de la population d'origine pyrénéenne pour pouvoir s'y adapter et s'y reproduire. Au dernier recensement qui date de 2016 nous avions compté trente-neuf individus au total [dans les Pyrénées].

Les éleveurs ne sont pas contents. Peut-on protéger les troupeaux de la menace de l'ours aujourd'hui ?

Bien sûr qu'on peut protéger les troupeaux. Toutes les études le montrent et nous aurons bientôt des nouvelles informations à communiquer sur ce sujet qui le démontreront de manière formelle. Mais là, on est dans un secteur des Pyrénées où les troupeaux ont toujours été gardés, ont toujours été rassemblés la nuit, ont toujours été protégés par des chiens de protection et où les dégâts, même quand il y avait plus d'ours, ont toujours été faibles. C'est forcément une inquiétude pour les éleveurs, c'est normal. Mais les mesures permettant la cohabitation sont déjà en place. Elles peuvent peut-être être complétées, ça fera l'objet d'une concertation que Nicolas Hulot a lancé. Tout ça nous semble de très bonne augure pour autant que tout le monde y mette de la bonne volonté.