VIDEO. Réforme du bac : Pierre Mathiot n'est "pas sûr" que le ministre soit d'accord avec l'ensemble de ce qu'il préconise

Pierre Mathiot, qui vient de remettre au ministre de l'Éducation nationale un rapport sur la réforme du baccalauréat, a expliqué, jeudi matin sur franceinfo, que l'épreuve est devenue "une espèce de monstre en termes d'organisation".

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Le baccalauréat est devenu "une espèce de monstre en termes d'organisation", selon Pierre Mathiot, qui a remis, mercredi 24 janvier, au ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer un rapport sur la réforme du baccalauréat. Cette réforme, promise par Emmanuel Macron, devrait être mise en œuvre en 2021. Pour l'ancien directeur de Sciences Po Lille, invité jeudi matin sur franceinfo, il faut surtout "repositionner le baccalauréat par rapport à l'enseignement supérieur", quitte à réformer le lycée dès la seconde.

franceinfo : Est-ce possible de réformer le baccalauréat aujourd'hui ?

Pierre Mathiot : Ma mission était de remettre un rapport en totale liberté au ministre. Je ne suis pas sûr qu'il soit d'accord avec l'ensemble de ce que je préconise. Il en fera ce qu'il en veut. Ce rapport, j'en assume la responsabilité totale et entière. Ce ne sont pas les propositions du ministre. Il engage une concertation avec les organisations syndicales, à l'issue de laquelle il fera ses propositions. Je ne sais donc pas ce qu'il va reprendre du rapport. Il est totalement libre de faire ce qu'il souhaite. J'ai mené plus de cent auditions. Je pense qu'il y a un état d'esprit assez partagé autour de l'idée qu'il faut faire évoluer le baccalauréat et que si besoin, il faut faire évoluer le lycée. C'est normal qu'il y ait des désaccords sur les modalités et des craintes qui s'expriment.

Êtes-vous partis du même constat que le gouvernement, que le baccalauréat a perdu de son sens, que c'est un examen trop lourd, trop cher à organiser ?

C'est évidemment une des entrées. En tant que tel, il ne coûte pas extraordinairement cher à l'échelle du budget de l'Éducation nationale : autour de 80 millions d'euros. C'est surtout devenu une espèce de monstre en termes d'organisation : plus de 2 000 sujets par an, des millions de copies, des risques majeurs de bug, le mois de juin pratiquement non travaillé qui coûte plus d'un milliard d'euros à l'État. Ensuite, il a probablement un peu perdu en lisibilité. Il s'est alourdi. En moyenne, les élèves passent douze épreuves au mois de juin, ce qui n'est pas génial sur le plan pédagogique par rapport au bachotage que cela engendre. Plus globalement, l'entrée, pour moi, est de repositionner le baccalauréat par rapport à l'enseignement supérieur. Dans le système actuel, le baccalauréat compte pour zéro. Probablement 90% des jeunes lycéens connaissent leur affectation avant de commencer les épreuves du bac.

Vous souhaitez aussi réformer le lycée avec, dès la seconde, des "majeures". Cela ressemble aux actuelles filières, voire aux anciens bacs A, B, C, D : il n'y a pas de révolution, en réalité ?

Dans le système français, le bac organise le lycée, structure très fortement l'organisation des trois années du lycée. Je pars donc du résultat - le bac - pour remonter sur cette organisation et faire des propositions. Mon entrée est vraiment le baccalauréat, la modification des épreuves : moins d'épreuves terminales et des résultats mieux pris en compte en cours de cursus. Est-ce le retour des anciennes filières ? Je ne pense pas que ce soit la même chose. J'ai plutôt essayé de réfléchir à la manière dont les élèves pourraient à la fois se spécialiser autour de deux disciplines centrales et, en même temps, permettre aux élèves de "traîner intelligemment leur hésitation". Il faut permettre à deux catégories d'élèves de s'y retrouver au lycée : ceux qui savent déjà plus ou moins ce qu'ils veulent faire vont pouvoir se former à haut niveau dans une ou plusieurs disciplines, d'autres pourront avoir une forme de souplesse dans le choix des cours pour leur permettre de suivre plusieurs enseignements différents.

Retrouver l'interview complète de Pierre Mathiot, rapporteur sur la réforme du baccalauréat
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Pierre Mathiot a remis, mercredi 24 janvier 2018, au ministre de l\'Éducation nationale un rapport sur la réforme du baccalauréat.
Pierre Mathiot a remis, mercredi 24 janvier 2018, au ministre de l'Éducation nationale un rapport sur la réforme du baccalauréat. (RADIO FRANCE / FRANCEINFO)