INFOGRAPHIES. Résultats bac 2019 : les mentions sont-elles plus faciles à obtenir qu'avant ?

Le pourcentage de mentions a fortement augmenté en vingt ans. Une progression liée à plusieurs facteurs, mais qui ne signifie pas forcément que les épreuves sont moins relevées.

Des lycéens découvrent les résultats du baccalauréat à Paris, le 6 juillet 2018.
Des lycéens découvrent les résultats du baccalauréat à Paris, le 6 juillet 2018. (ERIC FEFERBERG / AFP)

Plus facile à obtenir ? Mieux noté ? Dévalorisé ? Le baccalauréat est souvent au centre de critiques. A l'image de ce commentaire ironique, en 2015, de Luc Ferry, ministre de l'Éducation nationale entre 2002 et 2004 : "Pour ne pas avoir le bac aujourd'hui, il faut en faire la demande.

Souvent dans le viseur, les mentions (assez bien, bien, très bien), qui seraient bien plus faciles à obtenir qu'il y a vingt ans. 

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Afin d'en avoir le cœur net, franceinfo s'est plongé, en compagnie de Claude Lelièvre, historien spécialiste de l'éducation, dans les données publiées par la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), le service de statistiques du ministère de l'Éducation

Le nombre de mentions a augmenté dans toutes les filières 

Franceinfo a pu obtenir les données relatives au baccalauréat de 1997 à 2018. Sur cette période, le nombre de mentions a effectivement augmenté, toutes filières confondues (générale, technologique et professionnelle). On est passé de moins de 25% de mentions en 1997 à près de 50% en 2018.

Selon Claude Lelièvre, cette tendance à la hausse remonte à la fin des années 1980. "À ce moment-là, le gouvernement fixe un objectif de 80% d'une classe d'âge au niveau bac, c'est-à-dire une classe d'âge qui aille jusqu'au baccalauréat. Cet objectif a été compris comme un objectif de taux de réussite au bac de 80%. C'est tout à fait différent", souligne le professeur d'histoire.

On est donc passé d'une politique volontariste où l'on souhaitait davantage de candidats à une politique ultra-volontariste où l'on voulait davantage d'admis.Claude Lelièvre, spécialiste des politiques scolairesà franceinfo

Pour atteindre cet objectif, cette politique s'est traduite par une harmonisation vers le haut des résultats du baccalauréat au sein des commissions de correction du bac. "Ceci a provoqué un effet de poussée sur le taux d'élèves reçus et sur le taux de mentions 'assez bien' et 'bien'", explique Claude Lelièvre. 

Le changement progressif du système de notation est un autre facteur de la multiplication des mentions. Selon l'historien, "traditionnellement, on n'hésite pas à mettre 20/20 dans les matières scientifiques. Alors qu'avoir 20 en philosophie apparaît comme aberrant. Petit à petit, le bac de lettres a donc perdu de son attractivité. Pour valoriser leur discipline, les professeurs de lettres ont progressivement augmenté leur panel de notation." Rien à voir avec du laxisme donc, il s'agit plutôt, selon lui, "d'une autre façon d'évaluer les élèves". 

Précisons toutefois que l'analyse des chiffres du bac est un exercice périlleux car le sens de cet examen a évolué au fil des années. "Autrefois, le baccalauréat consistait en un droit d'entrée dans l'enseignement supérieur. Il est devenu un examen de fin du secondaire", constate l'historien.

Les mentions "très bien" explosent dans la filière générale

On l'entend très souvent : une mention "très bien" se décroche beaucoup plus facilement qu'il y a trente ou quarante ans. Selon les chiffres de la DEPP, 7,2% des élèves ont obtenu la mention "très bien" en 2018, toutes filières confondues (générale, technologique et professionnelle). Ils n'étaient que 0,7% en 1997 (graphique précédent). On constate donc une augmentation de ces mentions de plus de six points.

Même constat si l'on ne prend en compte que la filière générale. En 1997, on comptait 1,1% d'élèves reçus avec la mention "très bien". En 2018, ils sont 12,7% à obtenir cette mention. Les chiffres sont beaucoup plus bas du côté du bac technologique (2,3% de mentions très bien) et pour le bac professionnel (1,7%). 

Comment expliquer ce phénomène ? Là encore, les raisons sont multiples, selon l'historien Claude Lelièvre. "Dans les années 2000, dans les séries générales, le système des options a été mis en place. Les coefficients y sont avantageux et seuls les points au-dessus de la moyenne comptent, ce qui permet à certains de décrocher le bac avec des notes au-delà de 20." Un système favorable qui n'existe pas pour les filières technologique et professionnelle.

Les incitations lancées par les écoles et les récompenses financières octroyées par les collectivités territoriales ou même les banques ont également eu un impact sur l'évolution du nombre de mentions "très bien". "Par exemple, avec une mention 'très bien', on pouvait directement intégrer Sciences Po Paris,", précise Claude Lelièvre.

Davantage de mentions en S qu'en ES ou L

Concernant les filières générales (qui vont bientôt disparaître avec la réforme du bac), le pourcentage de mentions en série économique et sociale (ES) est passé de 41,5% en 2008 à 54,5% dix ans plus tard, soit une augmentation de 13 points. En série littéraire (L), on est passé de 40,6% à 55,9% sur cette même période (plus 15 points environ). Pour les scientifiques de la série S, en dix ans, l'augmentation du pourcentage de mentions est moins importante : 56,9% des admis obtiennent une mention en 2008 en série S contre 63,9% en 2018 (plus 7 points).

Pourtant, le pourcentage de mentions a toujours été plus élevé dans la série S que dans les autres séries générales. Le système optionnel joue un rôle important sur ces chiffres. Claude Lelièvre s'appuie sur un rapport ministériel de 2011 pour expliquer cela :"Près de 26% des mentions 'très bien' obtenues par les bacheliers S, plus du tiers de celles obtenues par les bacheliers ES et environ 40% de celles obtenues par les bacheliers L n'auraient pas été attribuées sans les épreuves facultatives."