Suspension de la chasse du grand tétras pendant cinq ans : "Cela donnera un certain répit" à l'espèce, estime France Nature Environnement

Le Conseil d'Etat a interdit jeudi la chasse du grand tétras pendant cinq ans. Cet oiseau emblématique des Pyrenées est sur la liste rouge française des espèces menacées.

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Radio France
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Un grand tétras dans une foret d'Allemagne, le 24 mai 2005. (PHILIPPE CLÉMENT / MAXPPP)

"Ce qui est assez choquant, c'est de voir que le ministère de l'Écologie doit être rappelé à l'ordre par le Conseil d'État", s'insurge jeudi 2 juin sur franceinfo Dominique Py, experte biodiversité et chasse au sein de France Nature Environnement. Cette dernière fait partie des sept associations qui ont saisi le Conseil d'État pour faire cesser la chasse au grand tétras. La plus haute juridiction administrative leur a donné gain de cause mercredi, en suspendant jusqu'en 2027 la chasse de cet oiseau emblématique du massif pyrénéen. "Les effectifs ont été divisés par cinq depuis les années 1960", souligne Dominique Py.

franceinfo : Qu'est-ce qui a motivé cette procédure ?

Dominique Py : C’est le déclin prolongé du grand tétras. Il faut savoir que dans les Pyrénées, les effectifs de cet oiseau ont été divisés par cinq depuis les années 1960. Il y a un ensemble de menaces qui pèsent sur le grand tétras. Parmi elles, il y a la chasse. Et malgré cela, les chasseurs refusaient de mettre fin à la chasse de cette espèce. Ils continuent à chasser dans les cinq départements des Pyrénées où l’espèce est encore présente.

Malgré tout, le ministère de la Transition écologique avait refusé d'interdire la chasse au grand tétras ?

Tout à fait. Cela fait maintenant 15 ans que des associations locales dans les Pyrénées dont France Nature Environnement déposent des recours devant les tribunaux administratifs, département par département, pour casser les arrêtés des préfets qui autorisent la chasse de cette espèce. À chaque fois, la justice donnait raison aux associations, c'est-à-dire que les juges administratifs cassaient ces arrêtés. Et malgré cela, les préfets ont recommencé à prendre, années après années, les mêmes arrêtés autorisant cette chasse. Nous avons envoyé de nombreux courriers au ministère de l'Écologie mais on n'arrivait jamais à obtenir que le ministère intervienne et fasse définitivement cesser cette chasse.

Pourquoi le ministère refusait d'interdire la chasse ?

À cause du lobby de la chasse, tout simplement. Et les chasseurs prétendaient que l’espèce se porte suffisamment bien, mais on a du mal à voir comment une espèce dont les effectifs ont été divisés par cinq pourrait bien se porter. A fortiori quand cette espèce est classée sur la liste rouge des oiseaux menacés qui est établie en France. Le grand tétras est classé comme vulnérable. L’espèce est aussi protégée par une directive européenne. Les gouvernements successifs n'ont jamais respecté cette directive qui impose de protéger les espèces qui sont menacées. Et c'est pour cela que nous avons fait ce recours au Conseil d'État pour faire enfin appliquer le droit à la justice et la science.

Le Conseil d'Etat vous donne raison. Cinq ans d'interdiction de chasse, cela sera-t-il suffisant pour que les grands tétras ne soient plus considérés comme vulnérables ?

Cela donnera en tout cas un certain répit aux grand tétras et on espère que le ministère va aussi mettre un coup d'accélérateur sur les mesures de protection de cette espèce. On verra dans cinq ans. Si la situation ne s'est pas améliorée, il faudra bien sûr reconduire ce moratoire. Il nous semblerait logique, étant donné la très forte diminution des effectifs, de mettre ces espèces comme une espèce protégée, ce qui permettrait de déployer encore plus de mesures de protection. Ce qui est assez choquant dans cette affaire, c'est de voir que le ministère de l'Écologie, qui est censé mettre en œuvre la protection de nature, doit être rappelé à l'ordre par le Conseil d'Etat après 15 ans de procédures, alors que c'est des choses qu'il aurait dû faire spontanément, sans qu'on ait besoin d'en passer par la justice.

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