Comment vous pouvez encore sauver le hérisson, menacé par les pesticides et les tondeuses à gazon

Naturalistes et associations alertent sur la baisse de la population de hérissons en France. Si cette espèce protégée n'est pas menacée de disparition, des efforts peuvent être faits pour améliorer sa conservation.

Naturalistes et associations françaises alertent sur la baisse de la population de hérissons, menacés par les pesticides et la destruction de leur habitat naturel.
Naturalistes et associations françaises alertent sur la baisse de la population de hérissons, menacés par les pesticides et la destruction de leur habitat naturel. (LEEMAGE / AFP)
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Marie-Violette BernardFrance Télévisions

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Sara Stahl pose une petite boule de piquants sur la balance : "Deux cent cinquante-six grammes tout juste", lance la bénévole, plutôt satisfaite. Des dizaines d'autres petits hérissons somnolent, attendant leur tour, dans les deux pièces réservées aux mammifères du Centre d'accueil de la faune sauvage de l'Ecole vétérinaire de Maisons-Alfort (Cedaf), dans le Val-de-Marne. Quatre femmes, bénévoles ou étudiantes, s'affairent autour d'eux. Nettoyer les cages, nourrir les pensionnaires, prodiguer des soins aux plus mal en point... "Lorsqu'on s'occupe de hérissons, il n'y a pas de temps mort !" poursuit Sara Stahl, agitant ses boucles d'oreilles à l'effigie du petit mammifère

Sara Stahl, bénévole au Centre d\'accueil de la faune sauvage de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), ausculte un jeune hérisson, le 15 novembre 2017.
Sara Stahl, bénévole au Centre d'accueil de la faune sauvage de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), ausculte un jeune hérisson, le 15 novembre 2017. (MARIE-VIOLETTE BERNARD / FRANCEINFO)

Le Cedaf accueille, mercredi 15 novembre, une "cinquantaine" de ces animaux. Au total, sur l'année, le service clinique, cogéré par l'Ecole vétérinaire et l'association Faune Alfort, devrait prendre en charge 500 à 600 hérissons. Ces derniers représentent "90% des mammifères traités", selon Jean-François Courreau, ancien vétérinaire et fondateur de Faune Alfort. Et pour cause : les "amis des jardiniers" sont aujourd'hui confrontés à plusieurs menaces.

Les naturalistes observent une forte baisse du nombre de hérissons [dans l'Hexagone]. Cette espèce ne va pas disparaître du jour au lendemain mais, à moyen ou long terme, cette raréfaction est préoccupante.

Jean-François Courreau, fondateur de l'association Faune Alfort

à franceinfo

L'ampleur exacte du phénomène est difficile à mesurer, car il n'existe pas de statistiques nationales sur la population de hérissons. "Cet animal fait partie de la faune ordinaire, commune, sur laquelle les scientifiques investissent peu", explique Patrick Haffner, expert mammifères à l'Agence française pour la biodiversité (AFB). Les hérissons, "animaux nocturnes aux mœurs discrètes", sont par ailleurs "extrêmement difficiles à compter". "Nous n'avons donc aucune donnée de base sur la raréfaction des hérissons", ajoute le chercheur. 

Ses ennemis : voitures, pesticides et tondeuses

Un programme de recherche doit être lancé en 2018. En attendant des données plus précises, l'animal est classé comme une "préoccupation mineure" sur la liste rouge des mammifères de métropole menacés (PDF), dressée par le Muséum d'histoire naturelle. "Les observations indirectes, comme le nombre d'animaux écrasés, montrent que l'espèce est loin du seuil de 10 000 spécimens, en-dessous duquel elle serait considérée comme menacée", explique Patrick Haffner.

Si le hérisson est "encore présent partout dans l'Hexagone", selon Christian Arthur, président de la Société française pour l'étude et la protection des mammifères (SFEPM), l'homme grignote petit à petit son habitat naturel. "Avec l'agriculture intensive, il y a de moins en moins de haies et de bocages dans les campagnes, souligne Christian Arthur. Même les lisières de forêts sont débroussaillées, ce qui est problématique pour la petite faune qui y habite." Sans compter la circulation, principal danger pour le hérisson. "A la campagne, la principale cause de mortalité de cette espèce est la voiture", note encore le président de la SFEPM.

Les petites boules de piquants semblent désormais se concentrer en zone périurbaine, selon des études locales citées par Christian Arthur. "Ils trouvent plus facilement de la nourriture à proximité des habitations, détaille-t-il. Ils profitent aussi des haies et des abris naturels présents dans les jardins ou les espaces verts." Les animaux y sont toutefois exposés à d'autres dangers : les produits phytosanitaires, notamment les anti-limaces, peuvent les intoxiquer. Le hérisson, omnivore, se nourrit en effet principalement d'escargots et de gros insectes. Les débroussailleuses et les tondeuses à gazon peuvent leur arracher des piquants ou les entailler, comme le montre ce reportage de BFMTV. En cherchant à se faufiler sous les clôtures ou les grillages, ils peuvent également se blesser au dos.

"La plus belle réussite est la remise en liberté"

Le Cedaf de Maisons-Alfort prend en charge ces animaux blessés, mais pas seulement. "Au printemps, nous avons aussi les portées dont la mère a été tuée ou les petits qui se sont égarés aux premières sorties, précise Cécile Le Barzic, la vétérinaire du centre. A l'automne, nous avons parfois des juvéniles issus de portées tardives et qui ne sont pas assez forts pour survivre à l'hibernation." Aucun n'a de nom.

Ils restent des animaux sauvages : on ne les câline pas et il n'y a pas d'imprégnation. Notre plus belle réussite, c'est lorsque nous parvenons à les remettre en liberté.

Sara Stahl, bénévole au Centre d'accueil de la faune sauvage

à franceinfo

Les actuels pensionnaires devront toutefois attendre quelques mois pour être rétablis et regagner les fourrés. Une fois leur poids de forme atteint, environ 600 grammes, ils iront hiberner dans une salle fraîche, en casiers individuels. "Au printemps, ils passeront une quinzaine de jours dans des enclos, sous la surveillance de bénévoles, ajoute l'ancien vétérinaire Jean-François Courreau. Si tout se passe bien, ils seront ensuite remis dans la nature."

Un hérisson est installé dans un casier pour hiberner, au Cedaf de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), le 15 novembre 2017.
Un hérisson est installé dans un casier pour hiberner, au Cedaf de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), le 15 novembre 2017. (MARIE-VIOLETTE BERNARD / FRANCEINFO)

Deux ans de formation pour héberger un hérisson

Les particuliers peuvent eux aussi aider à la préservation de l'espèce. "Il faut avoir un usage très raisonné des phytosanitaires dans son jardin, insiste Patrick Haffner, de l'AFB. On peut laisser des zones en friche pour les animaux et tondre du centre vers l'extérieur de son jardin pour leur laisser la possibilité de s'enfuir." Il est même possible d'aménager des abris dans des tas de bois ou des boîtes. En revanche, mieux vaut nourrir les hérissons uniquement "en période de grand froid ou de grand sec", quand ils ont véritablement besoin d'un "coup de pouce", selon Jean-François Courreau.

Et si vous trouvez un hérisson mal en point ? La vétérinaire du Cedaf précise qu'il faut distinguer deux cas de figure.

Un animal visiblement malade ou blessé, ou qui serait dehors en pleine journée, a besoin de soins. Il est en revanche normal de voir un gros hérisson se balader seul la nuit, car c'est une espèce nocturne.

Cécile Le Barzic, vétérinaire au Cedaf

à franceinfo

En cas de souci, "la meilleure solution est de l'amener dans un centre de sauvegarde ou chez votre vétérinaire, estime Cécile Le Barzic. Le hérisson est une espèce protégée, ce qui signifie que vous êtes passible de prison et d'une amende si vous le gardez chez vous sans être capacitaire." Ce statut permet à un particulier d'héberger et de s'occuper d'animaux sauvages, à condition de suivre deux ans de formation. Coordinatrice dans une association, Sara Stahl a ainsi aménagé son planning pour décrocher le sésame, en passant tous ses mercredis au Cedaf, ainsi que ses vacances et ses week-ends. "Il y a quelques années, j'ai trouvé un hérisson malade, qui a heureusement été sauvé, se remémore-t-elle. C'est comme ça que j'ai découvert le centre et que j'ai décidé de m'impliquer."

Symbole de la petite faune menacée par l'homme

Pourquoi, comme Sara Stahl, se préoccuper des hérissons ? Qu'adviendrait-il si, à long terme, l'espèce disparaissait totalement de nos jardins ? "Le hérisson n'est pas indispensable : s'il s'éteint, cela ne provoquera pas l'effrondrement de l'écosystème, reconnaît Patrick Haffner. Mais il fait partie de notre patrimoine naturel, ce qui est une raison suffisante pour le protéger."

Au-delà du cas du hérisson, associations et spécialistes des mammifères appellent à une prise de conscience collective sur la nécessité de préserver la petite faune. Car le hérisson connaît le même sort que de nombreuses autres espèces d'oiseaux ou de mammifères, comme la chauve-souris, qui voient leur population décliner à cause de l'impact des activités humaines. "Le hérisson est un animal sympathique aux yeux du public, sourit Patrick Haffner. Il pourrait devenir le symbole de la petite faune et permettre de sensibiliser les Français à une meilleure protection de la nature. Ce ne serait que bénéfique."