Vrai ou faux La culture du maïs utilise-t-elle 25% de l'eau consommée en France ?

Selon "une estimation plausible", cette activité utiliserait environ 18% de l'eau consommée dans le pays, avance un chercheur de l'Inrae.
Article rédigé par Quang Pham
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min
Un champ de maïs près du village de Flaugnac (Lot), le 30 mars 2020. (PHILIPPE ROY / AFP)

Une sécheresse record en hiver, des "méga-bassines" contestées à Sainte-Soline… L'eau et sa gestion par le monde agricole sont devenues un sujet polémique. Certaines cultures sont pointées du doigt, jugées peu économes d'une ressource de plus en plus rare. "Vingt-cinq pour cent de l’eau consommée en France est consommée par la culture du maïs", a ainsi affirmé Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis, sur Public Sénat, le 14 avril. "On a un vrai problème de modèle agricole. On ne peut pas continuer à cultiver du maïs dans les régions trop sèches pour cela", a considéré l'élue.

Une estimation contestée par Emmanuelle Ducros, journaliste à L'Opinion, pour qui ce chiffre de 25% est "sorti de nulle part" et "totalement faux". Sur Twitter, le 15 avril, elle a rétorqué que l'irrigation "totale", toutes cultures confondues, ne représenterait que 9% des prélèvements en eau. 

Qui dit vrai ? La culture du maïs représente-t-elle vraiment le quart de la consommation totale de l'eau en France ? Pour le déterminer, franceinfo a sollicité l'expertise de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae).

Distinguer l'eau consommée de l'eau prélevée

Dans sa déclaration, Aurélie Trouvé explique que son propos porte sur la proportion d'eau consommée par la culture du maïs. La précision est importante. En France, l'utilisation de l'eau est comptabilisée différemment selon ses emplois. Il convient en effet de distinguer l'eau "prélevée" de l'eau "consommée". L'eau prélevée comprend l'eau consommée et celle restituée au milieu naturel après son usage. En moyenne, 31 milliards de mètres cubes d'eau ont été prélevés annuellement entre 2010 et 2018 en France métropolitaine, selon le ministère de la Transition écologique. D'après le centre d'information sur l'eau, l'irrigation, toutes cultures confondues, représente bien, comme l'explique Emmanuelle Ducros, 9% de l'eau prélevée en 2010.

Cependant, ce chiffre ne suffit pas pour statuer sur la consommation d'eau de l'agriculture, et donc du maïs. Pour cela, il faut se référer au chiffre de l'eau consommée. Celle-ci correspond à l'eau prélevée mais non restituée aux milieux aquatiques. Ainsi, 4,1 milliards de mètres cubes d'eau ont été consommés par an entre 2010 et 2018, en particulier par évapotranspiration (l'évaporation de l'eau par le sol et la transpiration des végétaux), note le service public d'information eau France. D'après le ministère de la Transition écologique, l’agriculture représente 57% de la consommation d'eau, devant les usages pour l’eau potable (26%), le refroidissement des centrales électriques (12%) et l'industrie (5%).

Quel volume d'eau est exactement consommé pour la culture du maïs ? Sur Twitter, Aurélie Trouvé détaille son calcul. Pour obtenir son chiffre de 25%, la députée compare le total de l'eau consommée par l'agriculture et la surface des cultures irriguées pour le maïs, qui, selon l'élue, représenterait la moitié du total des surfaces irriguées en France.

Une des activités les plus gourmandes en eau

Le ministère de l'Agriculture présente cependant des statistiques de surfaces irriguées moins importantes que celles avancées par Aurélie Trouvé. En 2020, 32% des surfaces irriguées l'étaient pour le maïs grain et le maïs semence. Si l'on multiplie ce pourcentage de 32% avec celui de la consommation d'eau de l'agriculture (57%), on obtient une consommation d'eau d'environ 18%.

Un chiffre qui reste une "approximation", commente auprès de franceinfo Alain Charcosset, directeur de recherches à l'Inrae. Il revient par exemple à considérer que la totalité de l'eau consommée par l'agriculture l'est pour l'irrigation (eau France considère toutefois que les autres usages sont minoritaires). Et il ne tient pas compte du fait qu'une partie de l'eau utilisée pour l'irrigation puisse in fine revenir au milieu naturel, sans qu'on puisse en établir la quantité exacte, comme l'explique un rapport publié par le Sénat en 2022 (PDF p. 15). Enfin, une telle estimation oublie qu'une partie du maïs irrigué (le maïs fourrage) est comprise dans le total des surfaces consacrées aux cultures fourragères. Mais, en l'absence de données plus précises sur l'irrigation du maïs à l'échelle nationale, une consommation d'eau de 18% est "une estimation plausible", juge Alain Charcosset. Un ordre de grandeur un peu en deçà de celui annoncé par Aurélie Trouvé, mais qui valide la méthodologie de calcul de la députée.

La culture du maïs est donc bien une des activités les plus consommatrices en eau. Cependant, les surfaces consacrées à son irrigation sont en baisse. "En 2020, 34% des cultures de maïs grain étaient irriguées, contre 40% en 2010, rappelle Alain Charcosset. La culture du maïs se localise en effet de plus en plus dans des régions où il y a moins de problèmes d'approvisionnement en eau."

Consultez lamétéo
avec
voir les prévisions

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.