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Cinq ans de signaux envoyés au Front national

"Toutes les civilisations ne se valent pas". Phrase signée Claude Guéant samedi soir et nouvelle polémique sur la convergence idéologique UMP-FN. Petit rappel : le quinquennat n'a jamais délaissé l'électorat le plus droitier. Flash-back.
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Claude Guéant (13 janvier 2012) (DAMIEN MEYER / AFP)

"Toutes les civilisations ne se valent pas". Phrase signée Claude Guéant samedi soir et nouvelle polémique sur la convergence idéologique UMP-FN. Petit rappel : le quinquennat n'a jamais délaissé l'électorat le plus droitier. Flash-back.

Samedi soir, devant le congrès annuel de l'Uni (syndicat étudiant de droite, dans la mouvance UMP), Claude Guéant lâchait sa petite bombe : "contrairement à ce que dit l'idéologie relativiste de gauche, pour nous, toutes les civilisations ne se valent pas".

Le PS a pourfendu "un rabatteur de voix du FN". Hasard ? La phrase a été prononcée la veille de la publication d'un sondage JDD-Ifop faisant l'hypothèse d'un premier tour sans Marine le Pen, faute de parrainages suffisants.

Ce cas de figure permettrait à Nicolas Sarkozy de faire jeu égal avec François Hollande. De quoi galvaniser les troupes et les inciter à aller à la pêche aux voix, à droite toute ?

N'en déplaise aux oublieux, la victoire de Nicolas Sarkozy, en 2007, s'est aussi construite sur le siphonnage des voix du Front national. Un électorat peut-être déçu, mais jamais oublié. Retour sur cinq ans de perches tendues aux sympathisants frontistes.

Le ministère de l'identité nationale

Qui a fait roi Nicolas Sarkozy, il y a cinq ans ? En partie, les électeurs du Front National. Au premier tour, seuls 10% des suffrages se portent sur Jean-Marie Le Pen contre plus de 17% en 2002, avec l'élimination de Lionel Jospin.

Ce captage des voix frontistes n'est pas le fruit du hasard. Le candidat UMP, ministre de l'Intérieur depuis 2002 (si l'on excepte une parenthèse d'une année), a mené une campagne très à droite. Et émaillé sa campagne de propos limites sur l'immigration ou l'islam.

Sur TF1, le 6 février 2007, Nicolas Sarkozy déclare : " quand on aime la France, on la respecte. On respecte ses règles, c'est-à-dire qu'on n'est pas polygame, on ne pratique pas l'excision sur ses filles, on n'égorge pas le mouton dans son appartement et respecte les règles républicaines". Tollé à gauche, mais le message est passé.

Sitôt élu, Nicolas Sarkozy tient d'ailleurs une de ses promesses de campagne les plus controversées. Il crée un "ministère de l'identité nationale" qui suscite plus de bruit à sa naissance qu'à sa mort (en novembre 2010).

Toujours à l'attention de l'électorat le plus droitier est votée, fin 2007 , une nouvelle loi contre l'immigration clandestine. Un amendement signé Thierry Mariani instaure l'obligation de tests ADN pour établir les filiations, dans certains cas de regroupement familial. Leur usage sera finalement considérablement restreint.

Sous le gouvernement Fillon, le nombre d'expulsions et de reconduites aux frontières devient un des objectifs fixés aux préfets, et la baisse de l'"immigration légale en France" ,en 2009, un motif de satisfaction.

Manifestation réclamant la suppression du ministère de l'identité nationale (27 février 201à) (MIGUEL MEDINA / AFP)

Le discours de Grenoble

Est-ce la crise, les sondages, l'approche de l'échéance présidentielle ? Ou tout simplement l'actualité ? Après plusieurs faits divers, en juillet 2010 - braquage d'un casino, émeutes urbaines, dégradations d'un village après la mort d'un jeune homme tué par un gendarme, le discours de Grenoble du 30 juillet 2010 donne le coup d'envoi d'une nouvelle salve sécuritaire et anti-immigration.

"Nous subissons les conséquences de 50 années d'immigration insuffisamment régulée qui ont abouti à un échec de l'intégration", martèle Nicolas Sarkozy. Il précise : "c'est dans cet esprit que j'ai demandé au ministre de l'Intérieur de mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms".

Dans la foulée du discours de Grenoble, la chasse aux Roms est donc lancée, sous l'oeil des caméras. Le gouvernement envisage aussi de déchoir de la nationalité française les auteurs d'actes de polygamie ou de fraudes aux prestations sociales.

Aiguillonné par la toute neuve Droite populaire (collectif créé en juin 2010 par la droite de l'UMP), le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux propose même d'aller plus loin.

"Il a ainsi confié au Parisien que «des déchéances de nationalité doivent pouvoir être prononcées aussi en cas d'appel au travail illégal, d'excision, de traite d'êtres humains ou d'actes de délinquance grave", écrit Le Figaro. Le discours de Grenoble et l'extension de la déchéance de nationalité trouvent leur traduction législative dans la loi Loppsi 2 et dans un projet de loi sur l'immigration examiné en 2011.

Quelques mois plus tôt, en septembre 2010, le Parlement avait voté l'interdiction du voile intégral dans l'espace public. Une réforme que l'UMP place au troisième rang des dix grandes réformes du quinquennat, dans un tract publié début 2012.

"Quand il y en a un, ça va..."

Il y a eu les textes, mais aussi les petites phrases. Le 5 septembre 2009, le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux avait défrayé la chronique pour avoir dit en présence d'un jeune militant auvergnat UMP, d'origine maghrébine, "Il ne correspond pas du tout au prototype. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes".

Claude Guéant, qui succède à Brice Hortefeux place Beauvau, s'inscrit-il dans le droit fil de son prédécesseur ?

Il affirme le 4 avril 2011 : En 1905, "il y avait très peu de musulmans en France. Aujourd'hui, on estime qu'il y a à peu près 5 ou 6 millions de musulmans en France. C'est vrai que l'accroissement du nombre des fidèles de cette religion, un certain nombre de comportements, posent problème". Le député EELV Noël Mamère réagit au quart de tour : Claude Guéant parle Le Pen "comme M.Jourdain fait de la prose".

"Les civilisations ne se valent pas"

Dérapage ou volonté délibérée, la nouvelle phrase polémique de Claude Guéant, samedi 3 février, sur "les civilisations" qui "ne se valent pas" ? Elle atteste au moins d'une rupture avec une droite chiraquienne éloignée du "choc des civilisations" cher aux néo-conservateurs américains.

Elle témoigne, aussi, d'une accélération de la campagne. Selon Le Monde, "une offensive sur l'immigration, l'insécurité et la justice s'annonce dans le camp du président-candidat de l'UMP".

"La droite prévoit donc d'aller attaquer la gauche sur les valeurs, avec un déplacement du président mardi 7 février sur la politique familiale. Elle va dénoncer la régularisation des clandestins et le droit de vote des étrangers, mettre l'accent sur la délinquance des mineurs.", continue Arnaud Leparmentier.

Même écho sur Europe 1 :"Guéant a dévoilé un pan de la stratégie d'Europe 1". Car l'objectif, plus que jamais, est de conquérir les voix de Marine Le Pen, qui flirte avec les 20% dans les sondages.

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