Violences sexuelles : "On ne peut pas accueillir une personne en détresse si on n'a pas été formée"

Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police FO, a réagi vendredi sur franceinfo alors que le nombre de plaintes pour viols et agressions sexuelles enregistrées par les forces de l'ordre est en forte hausse.

Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat SGP Police-FO, invitée de franceinfo mardi 9 octobre 2018.
Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat SGP Police-FO, invitée de franceinfo mardi 9 octobre 2018. (FRANCEINFO)

"On ne peut pas accueillir une personne en détresse si on n'a pas été formé", a expliqué vendredi 1er février sur franceinfo Linda Kebbab, déléguée nationale du syndicat Unité SGP Police FO, alors que le nombre de plaintes pour viols et agressions sexuelles enregistrées par les forces de l'ordre est en forte hausse, selon le ministère de l'Intérieur. 

"Nous ça fait des années qu'on le dit que la formation est insuffisante pour les services d'investigation et surtout le manque d'effectifs dans les services, ça c'est toujours un problème actuel", a poursuivi Linda Kebbab. "On a des collègues qui nous disent qu'ils prennent des plaintes pour des infractions qui sont graves, d'atteinte à la personne et notamment de violences sexuelles mais malheureusement ils ont des dizaines et des centaines de dossiers qui s'accumulent, pareil pour la justice qui n'a pas plus de moyens. Donc on a des victimes qui doivent attendre des mois voire des années avant de voir leur procédure aboutir."

"Manque de formation"

"A côté de ça, il y a le manque de formation avec des effectifs désemparés, démunis, qui ne savent pas comment orienter l'audition quand, dans la même journée, vous faites des vols de portables, des dégradations et puis une personne victime de violences sexuelles. Vous avez beau avoir la meilleure volonté du monde, il faut une formation et c'est peut-être là où on pêche au sein de la police nationale", a expliqué Linda Kebbab.

"Au sein du ministère de l'Intérieur, il y a une notice qui a été adressée aux services de police, notamment le service d'investigation, sur comment accueillir une victime, notamment de violences sexuelles, comment orienter l'audition, comment poser les questions...", a nuancé la déléguée syndicale.

Infractions mieux ciblées

"Ça a aussi permis de revoir les notions statistiques, puisqu'autrefois quand une personne venait déposer plainte pour des violences, c'était difficile d'établir si elles étaient sexuelles ou juste des violences conjugales par exemple. Et puis, tout ça a permis au ministère de l'Intérieur de mieux cibler les infractions. Les collègues nous disent que les notices ont été très efficaces sur le terrain, elles permettent de mettre beaucoup plus en évidence les violences pour lesquelles certaines personnes viennent déposer plainte", a conclu Linda Kebbab.

Par ailleurs, Linda Kebbab avait saisi le parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis) d'une plainte en septembre 2018 après qu'un homme avait proféré des menaces de viol et de mort sur les réseaux sociaux à son encontre. Le suspect a été interpellé jeudi et a reconnu les faits. Jugé en comparution immédiate vendredi devant le tribunal correctionnel de Bobigny, il a été condamné à quatre mois de prison ferme.