Violences sexuelles dans le sport : il faut "responsabiliser les fédérations", estime la ministre des Sports Roxana Maracineanu

Le journal L'Equipe publie ce mercredi les témoignages de plusieurs anciennes sportives de haut niveau concernant des violences sexuelles, dont des viols, qu'elles auraient subis dans les années 1970 et 1980.

Roxana Maracineanu, la ministre des Sports, en décembre 2019. 
Roxana Maracineanu, la ministre des Sports, en décembre 2019.  (S?BASTIEN MUYLAERT / MAXPPP)

Plusieurs anciennes patineuses et nageuses de haut niveau accusent, ce mercredi dans L'Equipe, d'anciens entraîneurs de les avoir agressées sexuellement alors qu'elles étaient mineures, et dénoncent l'omerta qui règne à ce sujet dans le milieu sportif. Invitée de franceinfo ce mercredi, la ministre des Sports Roxana Maracineanu a plaidé pour davantage "responsabiliser" les fédérations sportives, qui doivent "informer" leurs membres, "jusqu'à la plus petite association de France" sur le sujet des violences sexuelles.

franceinfo : L'Equipe parle d'emprise des entraîneurs sur ces nageuses, ces patineuses. Vous l'avez sentie ? Vous avez senti cette omerta aussi ?

Roxana Maracineanu : Bien sûr. C'est pour cela que je crois que j'ai été la première à dénoncer cette omerta sur ce sujet. Le sport met en jeu une relation vraiment particulière entre l'entraîneur, à qui tout le monde fait confiance au nom de la performance, et l'entraîné. Il faut être à plusieurs adultes pour s'occuper de l'enfant, à veiller à ce qu'il ne soit pas seul avec l'adulte, dans cette relation qui l'emmène à partir en stage, en compétition, et petit à petit à s'enfermer dans une relation affective qui peut connaître des dérives, et des dérives ici plus graves comme celles qu'on voit ici. On parle de pédophilie, clairement de choses inadmissibles dans la société. Dans le sport c'est encore moins acceptable puisque les parents, chaque année, confient en toute confiance leurs enfants sans se poser cette question. Ils doivent continuer à le faire. Que ce soit pour les entraîneurs diplômés, répertoriés par nos services, mais aussi pour tous les bénévoles qui échappent aux contrôles professionnels. J'ai mis en place le contrôle systématique des bénévoles. l'important c'est aussi de responsabiliser les fédérations. Lorsque l'Etat écarte une personne du contact avec les enfants, il ne faut en aucun cas que les fédérations puissent reprendre la main et réembaucher cette personne. C'est inadmissible.

Ces femmes ont voulu témoigner pour faire bouger les fédérations. Ne sont-elles pas trop lentes ?

Elles sont mal informées des circuits d'alerte, de comment la loi fonctionne. Ce sujet est aussi resté tabou de manière plus générale dans la société. C'est ces dernières années qu'il est sorti aux yeux du grand public. C'est maintenant qu'on se pose ces questions. Avec Marlène Schiappa, on a parlé des violences faites aux femmes, de manière plus grande. On change les dispositifs, sur la prescription, sur la sanction judiciaire. Nous, dans le sport, on doit prendre notre part dans ce combat, et mettre en place des choses avec les fédérations, pour les informer de notre plan d'action, des outils qui existent déjà au ministère des Sports, et que les fédérations ont comme responsabilité de diffuser jusqu'à la plus petite association de France. Pour qu'au sein de chaque association, il y ait des personnes qui veillent et qui soient vigilantes. Avant même la parution de cet article, nous avons envoyé un courrier, le premier qui traitait de ces questions, à toutes les fédérations, tous les agents, toutes les collectivités. On va organiser le 20 février une grande convention où tous ces acteurs vont être invités. On va l'élargir à la protection de l'enfance.

L'Equipe publie aussi le témoignage d'Isabelle Demongeot, ancienne joueuse de tennis, qui accuse l'entraîneur Régis de Camaret de l'avoir violée. "Quand est-ce qu'on va tendre la main à toutes ces victimes ?" dit-elle. Que lui répondez-vous ?

C'est maintenant que cela se fait. On a pris ce sujet avec grande attention. Je vais rencontrer Isabelle personnellement pour voir dans quelle mesure elle veut s'investir dans ce combat. J'ai rencontré d'autres athlètes qui n'ont pas parlé dans cet article mais qui veulent s'investir à nos côtés. On a engagé déjà un certain nombre de sportifs. L'essentiel c'est de rendre ce sujet, j'allais dire banal, naturel, pour que les enfants n'aient pas ce sentiment de culpabilité. On accueille beaucoup d'enfants dans nos établissements publics, de jeunes enfants dans nos fédérations, qui se préparent, pour les Jeux Olympiques, et il est hors de question qu'on le fasse en les mettant en danger.