"C'était mon tour : j'ai dit stop..." : une campagne pour lutter contre les violences sexuelles lors des week-ends d’intégration

Censés permettre aux nouveaux étudiants de créer des liens avec leurs camarades de promo, les week-end d'intégration sont souvent le théâtre de débordements : agressions sexuelles ou viols d’étudiantes et étudiants, humiliations.

Les étudiants de quatrième année de l’école E-Artsup ont travaillé avec le collectif féministe contre le viol pour produire des vidéos en motion design de sensibilisation à ce sujet.
Les étudiants de quatrième année de l’école E-Artsup ont travaillé avec le collectif féministe contre le viol pour produire des vidéos en motion design de sensibilisation à ce sujet. (Capture d'écran clip E-Artsup)

Le collectif féministe contre le viol lance mardi avec d’autres partenaires une campagne de sensibilisation de prévention contre les violences sexuelles et les viols lors des week-ends d'intégration de grandes écoles ou d'universités. En effet, même si le bizutage est interdit par la loi, cette dernière n’a pas fait disparaître les violences sexuelles lors des week-ends d’intégration, organisés en dehors du cadre de l’école. Censés permettre aux nouveaux étudiants de créer des liens avec leurs camarades de promo, ils sont souvent le théâtre de débordements : agressions sexuelles ou viols d’étudiantes et étudiants, humiliations…

"C'est compliqué de dire stop"

Dans l’un des clips réalisés par le collectif pour cette campagne de prévention, une étudiante témoigne : "Je partais pour un simple week-end d'intégration. On s'est rassemblé, on est monté dans le bus...", raconte-t-elle.

"Dedans, poursuit l'étudiante, tout le monde était bourré. Les deuxième année bizutaient les nouveaux…"

Ils ont commencé à se passer des déodorants de bouche en bouche. Puis ils ont échangé le déo avec un gode. C'était mon tour : j'ai dit stop.une étudiante

"C'est compliqué de dire stop, même très très difficile, explique Emmanuelle Piet, la présidente du Collectif féministe contre le viol, sur franceinfo, le 1er octobre. Et ces choses-là arrivent souvent. J'ai soigné des personnes victimes de ce genre d'exactions." "Souvent, cela commence en effet dans les autocars, enfermés, en route pour une destination qu'on ne connaît pas, poursuit-elle. C'est souvent assez organisé... L'alcool est présent, pratiquement toujours fourni par les alcooliers aux bureaux des étudiants."

La bataille est ancienne. Si la pratique du bizutage est un délit depuis une loi de 1997, initiée par Ségolène Royal, alors ministre déléguée chargée de l’enseignement scolaire, les week-ends d’intégration échappent souvent à un cadre juridique contraignant. En 2010, par exemple, le viol présumé de deux étudiantes d'écoles de commerce de Nantes et de Grenoble, avait poussé Valérie Pécresse, alors ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, à tenter de faire interdire les week-ends d'intégration. En vain. 

Briser le silence et l'omerta

"Plus de 113 000 hommes et femmes déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel dans le cadre des études : 68 000 femmes et 45 000 hommes", explique Dr Gilles Lazimi, médecin généraliste, maître de conférences associé de la faculté de médecine Sorbonne Université. "Le silence, l’omerta des institutions ou des collègues qui ne sont pas intervenus, poursuit-il, empêchent les victimes de parler. Il n’y a pas toujours de structures dans les écoles pour accueillir la parole des victimes et pour punir les agresseurs."

Les victimes ont honte, se sentent coupables, alors que jamais une victime n’est responsable des violences qu’elle subitGilles Lazimià franceinfo

"On ne doit pas accepter que ces week-ends d’intégration, qui pourraient être une chose festive, deviennent des lieux de bizutage ou d’agressions sexuelles…, conclut le praticien. Il faut que ces week-ends d’intégration soient surveillés, que des adultes soient présents, et que s’il y a des dérapages, ils soient interdits."