Audit sur les violences faites aux femmes : "De la communication", dénonce Madeline Da Silva, élue aux Lilas

Selon une enquête commandée par le gouvernement et présentée par Marlène Schiappa vendredi, 9 femmes sur 10 ayant porté plainte pour violences conjugales sont satisfaites de l'accueil de la police. "Quid de toutes celles dont on a refusé de prendre la plainte ou qu'on a pu décourager ?", interroge Madeline Da Silva.

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Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté, à l'Assemblée nationale le 2 février 2021. (ARTHUR NICHOLAS ORCHARD / HANS LUCAS)

90% des femmes qui ont porté plainte en 2020 pour des violences conjugales sont satisfaites de l’accueil des forces de l’ordre, selon un audit commandé par le gouvernement et présenté vendredi 5 mars par Marlène Schiappa, la ministre déléguée à la Citoyenneté. Ce chiffre confirme les premiers résultats de cette enquête qui avaient été dévoilés en février 2020.

"La réalité, c'est aussi les refus de prendre les plaintes"

"Dans ce qui nous est présenté par Marlène Schiappa, on voit bien le biais de communication", dénonce sur franceinfo Madeline Da Silva, maire adjointe aux Lilas (Seine-Saint-Denis) et militante féministe à NousToutes. "Si on ne se concentre que sur les femmes qui portent plainte, quid de toutes celles dont on a refusé de prendre la plainte ou qu'on a pu décourager ?", s'interroge-t-elle.

Madeline Da Silva estime que "la réalité, c'est aussi les refus de prendre les plaintes alors que c'est obligatoire, le découragement, le fait de banaliser quand une femme appelle et qu'on lui dit que c'est un conflit de couple, que ça va s'arranger, que peut être, c'est juste un problème de balais cassé". Pour la membre de NousToutes, "on ne peut pas se permettre de dévaluer l'amélioration de la prise en charge des femmes victimes à travers uniquement cet aspect".

Une formation "minime" des policiers et gendarmes

L'élue de Seine-Saint-Denis attire l'attention sur la formation des forces de police et de gendarmerie sur cette question des violences faites aux femmes. "Il faut former. Aujourd'hui, la décision de formation est minime au regard du nombre de gendarmes et de policiers".

Madeleine Da Silva trouve un point d'accord avec Marlène Schiappa, au sujet des intervenantes sociales que la ministre souhaite recruter pour accompagner les victimes de harcèlement de rue et de violences sexistes et sexuelles lors de leur dépôt de plainte. "Nous aux Lilas, on a une intervenante qui fait un travail incroyable. Et on voit considérablement l'amélioration de la prise en charge, aussi parce que cette intervenante sociale prend sur elle le fait de former les brigadiers qui vont prendre les plaintes. Et elle est aussi présente lors de ses prises de plainte. Ça change tout." Mais l'élue estime que "ce n'est pas à elle (l'intervenante sociale) de faire ce travail de formation".

"Ce n'est pas une priorité du gouvernement"

L'adjointe à la mairie des Lilas attend "une démarche majeure au niveau du pays, des politiques publiques à la hauteur, de manière à former massivement". L'absence de formation, c'est, selon elle, "comme si un agent d'accueil dans une collectivité ne savait pas donner le numéro de la mairie. C'est une des missions des gendarmes et des policiers de savoir accueillir les femmes victimes de violences et les protéger". Selon elle, les personnes qui recueillent les plaintes actuellement sont "tellement dépitées, découragées par le système judiciaire qui suit, qui va en grande majorité classer les plaintes, qu'elles sont elles-mêmes démunies pour pouvoir répondre à ces femmes".

Pour Madeline Da Silva, il manque "la volonté politique" car "ce n'est pas une priorité du gouvernement" qui met, dit-elle, "sa priorité ailleurs". "On nous fait croire que c'est une grande cause. Mais la réalité, c'est qu'il ne se passe pas grand-chose. Le budget n'augmente jamais. Il augmente dans des mesures extrêmement minimes, alors qu'on veut nous faire croire qu'on est sur une grande cause", ajoute la membre de NousToutes.

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