Un rapport dénonce la politique du chiffre dans la police française ces six dernières années

L'Inspection générale de l'administration a publié ce vendredi un rapport accablant pour la politique menée par le précédent gouvernement. Commandé par Manuel Valls, il dénonce la politique du chiffre dans la police, comme étant à l'origine de dérives dans l'enregistrement des plaintes. Le ministre de l'Intérieur est conforté dans son idée que la droite a ces dernières années minoré les chiffres de la délinquance.

(Maxppp)

Manuel Valls avait livré sa pensée, dès sa prise de fonctions en mai 2012. Selon le ministre de l'Intérieur, l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy aurait imposé, pendant cinq ans, "une course effrénée aux chiffres " à la police.

Le rapport publié vendredi par l'Inspection générale de l'administration (IGA) tend à lui donner raison. Selon le document de plus de 300 pages, "la politique du chiffre " menée depuis 2006-2007 aurait mené à des dérives dans l'enregistrement des plaintes de victimes.

"Management par objectifs "

L'une des conséquences néfastes de ce que le rapport de l'IGA nomme le "management par objectifs " se retrouve dans le contrôle des plaintes déposées par les victimes. En d'autres termes, les inspecteurs écrivent : "Les chefs de service, placés entre l'injonction d'afficher de bons résultats et l'impératif de contrôler la bonne application du guide de méthodologie statistique, privilégiaient souvent la première option ".

En découle, si l'on résume, une moins bonne pratique du travail d'enquête et de recherche. Ce que confirme le syndicat Unité-SGP Police, dans un communiqué titré "Après des années de politique du chiffre, une police à bout de souffle " : "La religion du chiffre a eu des conséquences terriblement néfastes dans la police nationale et dans l'exercice quotidien de ses missions ".

La délinquance sous-estimée ?

Le rapport de l'IGA va également dans le sens de Manuel Valls, qui ne cesse de répéter que les chiffres de la délinquance ont été minorés pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, "en généralisant des pratiques d'enregistrement non conformes ".

Les inspecteurs pointent notamment deux directives "qui ont fait sortir dès 2007 et les années suivantes, près de 130.000 faits par an " des statistiques. Mais, depuis janvier 2012 et le déploiement dans la gendarmerie du logiciel Pulsar, le problème a été réglé, et a conduit à une explosion des chiffres de la délinquance dans les zones couvertes par les gendarmes. Une hausse mécanique donc, qui ne recouvrirait pas une réalité objective, mais un simple rétablissement du bon calcul de cette délinquance. À ce propos, Manuel Valls a annoncé en fin d'année dernière la mise en place d'un nouvel outil statistique.

La semaine dernière déjà, un syndicat de policiers drômois avait dénoncé la "course aux chiffres " à l'oeuvre depuis plusieurs années au sein de la police à l'encontre des étrangers.