Un mariage gay célébré près de Perpignan

Un maire communiste a symboliquement uni deux hommes samedi. Un mariage sans existence légale. 

Patrick et Christophe se sont symboliquement mariés, samedi 12 novembre à Cabestany. 
Patrick et Christophe se sont symboliquement mariés, samedi 12 novembre à Cabestany.  (HARRY JORDAN / PHOTOPQR / L'INDEPENDANT / MAXPPP)

Guillaume, 37 ans, est artiste peintre. Patrick, 48 ans, dirige un laboratoire de développement photo et est le père d'une fille de 22 ans née d'un premier mariage. Samedi 12 novembre, ils se sont unis "symboliquement" à Cabestany, une commune de 8 500 habitants située à quelques kilomètres de Perpignan. Un acte que la loi ne permet pas, mais que plusieurs candidats à la présidentielle promettent de légaliser s'ils sont élus l'an prochain. 

Sous une pluie de pétales de roses et devant de nombreuses caméras, les deux hommes ont été acclamés par une foule de proches, d'invités et de responsables associatifs.

Le maire et ancien député communiste de Cabestany a célébré le mariage en bonne et due forme, mais l'acte de mariage et un livret de famille portent la mention "ce document n'a malheureusement pas de caractère officiel, la loi interdisant aujourd'hui le mariage entre personnes de même sexe, mais marque la volonté de la municipalité de voir la loi évoluer".

A ce jour, l'unique mariage gay ayant donné lieu à une inscription sur le registre de l'état-civil a été célébré en 2004 par Noël Mamère, maire écologiste de Bègles, en Gironde, mais il a été annulé par la justice.

"Apporter notre pierre à l'édifice"

"On se marie parce qu'on s'aime, mais c'est aussi un acte militant", reconnaissent les futurs conjoints. "Le pacs, en dix minutes au tribunal, ce n'était pas pour nous. On voulait une véritable célébration, officialiser aux yeux de tous notre amour, et aussi, par la même occasion, apporter notre pierre à l'édifice de la cause homosexuelle", expliquent-ils dans Le Parisien.

Ils ont décidé de médiatiser leur démarche pour que "très bientôt en France, deux personnes de même sexe puissent se marier légalement. On est des citoyens comme les autres".

Tous deux originaires de Nîmes, où ils se sont rencontrés il y a huit ans, ils vivent entre Paris, où ils travaillent, et Cabestany, où ils passent leurs vacances. S'ils ont choisi Cabestany pour échanger consentement et alliances, c'est parce qu'ils avaient entendu dire que le maire était favorable à leur cause.

"Des moments où il faut être hors-la-loi"

Pour le maire Jean Vila, "il y a des moments, il faut être hors-la-loi""Je lance un appel à tous les maires pour qu'ils célèbrent des mariages gays, c'est un combat de société qu'il faut mener pour faire avancer le schmilblick. On dit que la France est un pays moderne, à l'avant-garde, mais on va être le dernier pays d'Europe à légaliser", après les Pays-Bas, la Belgique, la Suède, l'Espagne ou le Portugal.

"C'est courageux. C'est un geste fort que nous envoie le maire de cette commune", salue Nicolas Gougain, porte-parole de l'Interassociative lesbienne gay, bi et trans (Inter-LGBT). Cette démarche révèle "l'archaïsme du droit français et la nécessité de légiférer".

Une nette majorité de Français favorable au mariage homo

"S'il y a une alternance politique en 2012, souligne l'avocate Caroline Mécary, qui a saisi en 2007 la Cour européenne des droits de l'Homme sur le mariage de Bègles, Europe Ecologie et le PS sont d'ores et déjà d'accord pour déposer une proposition de loi pour ouvrir le mariage civil à tous, hétéros et homos".

En janvier 2011, le Conseil constitutionnel, saisi d'une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) à l'initiative d'un couple de femmes pacsées, avait rappelé que "selon la loi française, le mariage est l'union d'un homme et d'une femme" et avait laissé au législateur le soin de modifier ou non la loi pour autoriser le mariage homosexuel. Les partisans de cette union ont depuis lors reporté leurs espoirs sur la campagne de 2012.

Dans un sondage Ifop paru en juin dernier, 63% des personnes interrogées se disaient favorables au mariage homosexuel, dont 37% "très favorables".