Tareq Oubrou, imam de Bordeaux: "Il faut combattre l’extrémisme par la culture et le savoir"

Tareq Oubrou a contribué à la fondation de la mosquée de Bordeaux ainsi qu'à la création de l'Institut de découverte et d'étude des mondes musulmans. Connu pour ses prises de position en faveur d'un islam libéral, il plaide pour une "visibilité discrète" de la religion musulmane et considère que la lecture du Coran doit être réactualisée, de même que l'enseignement du monde musulman à l'école.

(Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux © Maxppp)

Tareq Oubrou, écrivain et imam français né au Maroc, est connu pour ses prises de position publiques en faveur d'un islam libéral. Après les attaques du mois de janvier contre Charlie Hebdo , le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve l'avait  choisi comme l'un des interlocuteurs privilégié des pouvoirs publics afin de relancer le dialogue avec les représentants des musulmans de France.

Pour Tareq Oubrou, il existe un réel problème d'interprétation du Coran qui n'est plus adaptée au monde actuel. " Le radicalisme correspond à une lecture du texte qui date du Moyen-Age, dans un contexte historique de dominance et de construction d'un empire. Il faut revoir sa lecture à la lumière de la réalité d'aujourd'hui (..)  Il faut sortir d'une lecture naïve piétiste qui place le musulman face à un choix inextricable entre sa religion et le monde, un piétisme qui déconnecte le pratiquant musulman de la réalité" dit-il. 

Des imams "à côté de leurs babouches"

Pour Tareq Oubrou, lui-même imam à Bordeaux depuis le début des années 1990, les imams doivent effectuer leur propre travail de remise en question dans la manière d'aborder leurs prêches. Et il explique : "L'imam n'est pas forcément méchant, mais il est à côté de ses babouches (...) il faut partir de la réalité et savoir se décoller du texte (...) il y a des discours qui ne tombent pas sous le coup de la loi mais dont le contenu est trés violent (...) ils produisent de la violence dans les esprits de jeunes fragilisés"  -  à propos de l'imam de Brest qui affirme aux fidèles qu'il ne faut pas écouter de musique : " Cela ne tombe pas sous le coup de la loi ! C'est trés délicat car le droit ne peux pas tout quantifier"

Une radicalisation qui se joue principalement en dehors des mosquées

Si Tareq Oubrou juge nécessaire d'adapter le discours de certains imams, il considère cependant que l'essentiel de la radicalisation extrémiste "se développe essentiellement sur les réseaux sociaux, pas dans les mosquées en tant que telles. En général, ce sont des jeunes réfractaires à tout ce qui renvoie à une institution ou une autorité, et qui ne se rendent donc pas dans les mosquées. (...) C'est l'accés direct et sauvage au texte, car entre eux et Dieu il n'y a personne, pour eux cela génére un sentiment de toute puissance"

Réviser le concept de laïcité ?

Si Tareq Oubrou est favorable au principe républicain de laïcité, il considère que celui-ci doit nécessairement évoluer. " Il n'y a pas de "communauté", dit-il, les citoyens sont d'abord des français, il faut respecter la laïcité, d'abord l'Etat, d'abord le citoyen (...) mais la laïcité ne permet pas l'accés au savoir religieux, c'est pourquoi il faut en revoir le concept : elle doit prendre en considération le pluralisme religieux. Il faut introduire l'enseignement du fait religieux, l'histoire et l'apport des différentes religions dans la construction des civilisations. Il faut combattre l'extrêmisme par la culture et le savoir."

Donner plus de place à l'histoire du monde musulman à l'école

Le recteur de la mosquée de Bordeaux plaide pour une prise en compte plus importante de la culture islamique dans les programmes scolaires, pour "un programme pédagogique qui permette à tous les enfants de s'insérer dans un récit national où toutes les cultures et les origines se reconnaissent (...) Beaucoup de jeunes issus de la communauté musulmane se sentent intellectuellement et mentalement exclus de la civilisation occidentale, car ils pensent que l'Islam s'est construit contre l'Occident" explique l'imam de Bordeaux. Et Tareq Oubrou conclut : "Il faut rétablir la vérité historique pour que ces jeunes se reconnaissent dans le récit national: la civilisation occidentale n'est pas uniquement judéo-chrétienne ou gréco-romaine."

 

Tareq Oubrou, imam de Bordeaux : "Les imams sont parfois à côté de leurs babouches"
--'--
--'--
Tareq Oubrou, imam de Bordeaux : "Nous avons une tradition laïque, d'abord l'Etat et le citoyen"
--'--
--'--
Tareq Oubrou, imam de Bordeaux : " L'ignorance est notre ennemi commun"
--'--
--'--