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Syrie : les ex-otages aux mains de geôliers parlant français

Des geôliers parlant français, des conditions de détention "rudes", "parfois violentes", des "simulacres d'exécution"... Des informations, venues des ex-otages eux-mêmes ou du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, permettent d'en savoir plus sur les dix mois d'emprisonnement des quatre journalistes français en Syrie.
Article rédigé par Matthieu Mondoloni
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
  (Maxppp)

Si l'on sait désormais avec certitude que Didier François, Nicolas Hénin, Pierre Torres et Edouard Elias étaient détenus par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EEIL), l'un des groupes les plus radical présent en Syrie, on découvre depuis dimanche de nouvelles informations sur les dix mois qu'aura duré leur détention.

Des geôliers qui parlaient français


On apprend ainsi que certains de leurs geôliers parlaient le français. Le ministre des Affaires étrangères l'a confirmé peu après l'arrivée des quatre ex-otages à l'aéroport militaire de Villacoublay. "Malheureusement oui... ", a regretté Laurent Fabius quand la question lui a été posée.

Une information confirmée peu après par le journaliste Nicolas Hénin lors d'une interview donnée à nos confrères d'Arte (voir la vidéo à partir de 3'40). "On avait clairement la présence de personnes qui se présentaient comme des djihadistes parmi les ravisseurs, qui parlaient très bien les langues étrangères comme le français, l'anglais ou d'autres langues. On n'a pas vu leurs papiers (pour connaître leur nationalité, ndlr), mais certains parlaient vraiment très bien le français ", a témoigné Nicolas Hénin.

Certains des geôliers sont-ils des Français parti faire leur djihad en Syrie ? Impossible de le savoir avec certitude, même si le président de la République a évoqué de son côté ces "jeunes qui se font embrigader par des moyens totalitaires pour aller combattre en Syrie ". "Nous ne laisserons pas faire. Pour cela, on fait en sorte que nul ne puisse sortir du territoire pour mener une action quelconque par les armes, où que ce soit ", a ajouté le chef de l'Etat.

Depuis plusieurs mois, les services de renseignements français luttent contre ces filières djihadistes qui proposent à certains ressortissants français de partir se battre en Syrie. Une centaine d'entre eux appartiendrait à l'Etat islamique en Irak et au Levant (EEIL), sorte d'internationale djihadiste en Syrie.


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Le rôle des services français


Depuis l'enlèvement des journalistes, les services de renseignement français "ont été en capacité permanente de repérer la localisation des otages ", a déclaré une source proche du dossier. "Depuis le début, on les a suivis à la trace. " Là encore, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a confirmé cette information.

Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s'est lui rendu en Turquie "il y a plusieurs semaines ", un déplacement "discret " au cours duquel il a rencontré les autorités politiques turques et les services "pour permettre de réaliser ce qui est arrivé hier (samedi, ndlr)", a poursuivi cette source. Selon cette source, EILL, présenté comme un groupe jihadiste lié à al-Qaida, a également "des liens particuliers avec le régime syrien " qui le soutient contre les rebelles de l'Armée syrienne libre et d'autres factions islamistes.

Des simulacres d'exécution

Pendant plus de dix mois, les quatre journalistes ont été détenus dans des conditions "rudes ", "parfois violentes " a témoigné le journaliste Didier François sur Europe 1. "Nous avons passé les quatre premiers jours sans manger, sans boire, attachés à un radiateur ", précise le reporter. "Il y a eu des simulacres d'exécution, des pistolets posés sur la tempe ou sur le front (...) Mais cela ne m'a pas particulièrement stressé, parce que je voyais que c'était une manière de nous mettre la pression. "

"Sur les dix mois et demi ", les quatre otages sont "restés dix mois complets dans des sous-sols sans voir le jour, un mois et demi entièrement enchaînés les uns aux autres ", a-t-il dit.

"Il y a eu des maltraitances physiques, mais tous les prisonniers syriens y passent ", a de son côté témoigné Nicolas Hénin, toujours chez nos confrères d'Arte (voir la vidéo à partir de 2'15). "La Syrie a toujours été un grand centre mondial de la torture ", a-t-il encore expliqué, avant de préciser que ce qui l'a "le plus fait souffrir (...) c'est la faim, le froid et l'obscurité ".

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"J'ai gardé les habits avec lesquels j'ai été capturé le 22 juin jusqu'au 23 décembre. Et sur la dizaine de lieux de détention qu'on a traversés, tous étaient souterrains ", a poursuivi Nicolas Hénin.

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