Une association d'automobilistes s'indigne d'une "privatisation" des radars embarqués

Pour multiplier le nombre de contrôles, le gouvernement a annoncé l'"externalisation" du pilotage des voitures transportant les radars mobiles nouvelle génération qui sera confié à des "prestataires agréés" par l'Etat. 

Un radar mobile embarqué dans une voiture de la gendarmerie de Niort, le 14 octobre 2016.
Un radar mobile embarqué dans une voiture de la gendarmerie de Niort, le 14 octobre 2016. (MAXPPP)

L'association 40 millions d'automobilistes a dénoncé, lundi 20 février, la "privatisation" des radars embarqués, dictée par l'"excellente opération financière" pour l'Etat qui engrangera, selon elle, 2,2 milliards d'euros par an de recettes issues des amendes.

Une expérimentation débutera vendredi 24 février en Normandie, a annoncé le ministère de l'Intérieur dans un communiqué. Elle permettra, sur plusieurs mois, de permettre l'homologation de ce nouveau système, mais ne donnera lieu à aucune contravention.

Une pétition a rassemblé 300 000 signatures

Le gouvernement avait annoncé, le 2 octobre 2015, l'"externalisation" du pilotage des voitures transportant les radars mobiles nouvelle génération, à des "prestataires agréés" par l'Etat afin de multiplier le nombre de contrôles. Un appel d'offres a été lancé, avant une expérimentation puis une généralisation. Actuellement, les 400 véhicules en service ne sont utilisés qu'en moyenne une heure par jour. L'externalisation permettrait de faire rouler beaucoup plus les voitures-radars et de libérer du temps pour les forces de l'ordre.

"La privatisation des radars embarqués n'a d'autre but que de générer, grâce aux amendes issues des contraventions, d'importantes sommes d'argent qui finiront dans les caisses de l'Etat. (...) En revanche, il n'existe aucune preuve que cette mesure ait un quelconque effet positif sur la sécurité routière", affirme le président de 40 millions d'automobilistes, Daniel Quero. 

Après avoir réuni près de 300 000 signatures dans une pétition contre cette "mesure scandaleuse", elle appelle les automobilistes à lui faire parvenir leurs photos qui seront ensuite diffusées pour une "manifestation numérique".

Un contexte de hausse de la mortalité routière depuis 2014

Le ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux, a annoncé, le 8 janvier, que l'appel d'offres avait été lancé "pour que ces radars [embarqués] soient confiés à des sociétés qui vont uniquement les faire rouler."  "Ils resteront sous la responsabilité de l'Etat", a-t-il assuré, puisque les infractions sont constatées par le radar automatique embarqué et que le PV est rédigé par un officier de police au centre de traitement des infractions routières de Rennes.

"La moyenne d'utilisation d'un de ces radars est d'un peu plus une heure par jour [1h13], c'est du matériel qui est sous-utilisé. Il faut beaucoup plus l'utiliser pour faire en sorte que les comportements de dépassement de vitesse soient sanctionnés", a expliqué Bruno Le Roux. Les sociétés privées "ne seront pas rémunérées au nombre d'infractions mais au temps que le radar aura passé sur la route", a-t-il rappelé.

Cette mesure s'inscrit dans une stratégie pour tenter d'enrayer la hausse de la mortalité routière enregistrée depuis 2014. En 2016, 3 469 personnes sont mortes sur les routes, pour la troisième année consécutive, une première depuis 1972.