"On est encore loin du compte" pour accueillir les sans-abris cet hiver estime le Samu social de Paris

Malgré les dispositifs d'urgence mis en place, Eric Pliez, le président du Samu social de Paris estime que le compte n'y est pas. Invité de franceinfo ce samedi, il demande notamment des mesures pour "les travailleurs pauvres qui ne trouvent pas de logements sociaux accessibles à leurs faibles ressources, en Ile-de-France."

\"Certaines personnes n\'appellent plus le 115, donc on va les chercher avec les \"maraudes\" pour renouer le contact\", explique Eric Pliez, président du Samu social de Paris
"Certaines personnes n'appellent plus le 115, donc on va les chercher avec les "maraudes" pour renouer le contact", explique Eric Pliez, président du Samu social de Paris (ERIC FEFERBERG / AFP)

Invité de franceinfo ce samedi 29 décembre, le président du Samu social de Paris et directeur général de l'association Aurore, Eric Pliez s'inquiète du manque de places d'hébergement pour les sans-abris. Il regrette "l'arrêt des dispositifs à la fin de l'hiver" et le manque de politique de réinsertion dans des logements plus stables. 


franceinfo : Plusieurs dispositifs ont été annoncés à l'automne dernier : l'ouverture de 14 000 places d'hébergement d'urgence en France (soit un total de 160 000 places dans l'Hexagone), mais aussi l'ouverture de locaux d'urgence par la Mairie de Paris. Permettent-ils d'accueillir les SDF cet hiver ?

Eric Pliez : On est toujours loin du compte. A Paris, l'ensemble des places sont à peu près déployées, malgré tout, tous les jours, on refuse encore du monde au 115 (numéro d'urgence du Samu Social). Ce jeudi [27 décembre], dans la journée, c'est 580 personnes à qui nous n'avons pas pu apporter de réponse. Donc c'est toujours insuffisant, et cela pour plusieurs raisons. Arrêter les dispositifs à la fin de l'hiver, c'est remettre des gens dehors et retrouver une partie d'entre eux, l'année d'après. Et puis, l'autre problème, ce sont ces gens qui n'arrivent pas à sortir de ces dispositifs, par exemple les travailleurs pauvres qui ne trouvent pas de logements sociaux accessibles à leurs faibles ressources, en Ile-de-France.

Mi-octobre, la mairie de Paris avait décidé l'ouverture de locaux d'urgence dans les mairies de quartier et plusieurs salons de l'Hôtel de Ville, notamment pour les femmes seules. Ce dispositif fonctionne-t-il ?

Oui. Tout comme ceux des associations, comme l'Armée du Salut qui a aussi ouvert une structure spécifique pour les femmes. Ce vendredi soir [28 décembre], 34 femmes ont dormi dans les salons de l'Hôtel de Ville. En moyenne, 39 femmes peuvent y dormir chaque soir. Cet accueil permet de l'intimité, et surtout laisse le temps, à ces femmes qui sont à la rue depuis très longtemps, de se poser, de se soigner et de définir avec nous, un projet qui les sortira de la rue.

Les sans-abris sont-ils suffisamment informés des dispositifs mis en place ?

C'est vrai que la communication est difficile. Selon le recensement fait lors de la nuit de la solidarité, en février dernier, la population des sans-abris représente près de 3 000 personnes, à Paris. Certaines d'entre elles n'appellent plus le 115, donc on va les chercher avec les "maraudes" [équipes mobiles du Samu Social] pour renouer le contact avec eux. Et il reste difficile de nous joindre au 115 : 9 000 appels ce vendredi soir, 1.000 appels répondus, ça veut dire qu'il faut appeler 9 ou 10 fois pour nous joindre.

Selon un récent rapport de la Fondation Abbé Pierre, le nombre de SDF a augmenté de 50% en 10 ans en France. En Finlande, leur nombre diminue grâce à une politique intitulée "le logement d'abord". Son principe est de considérer le logement comme un droit pour permettre de se reconstruire, de retrouver du travail... C'est un exemple à suivre ?

Oui, l'exemple finlandais est intéressant à suivre. Mais ça fait 10 ans qu'on le dit : dès lors que les gens sont accompagnés dignement, on arrive à les maintenir dans leur logement, et cela évite les remises à la rue. Cela dit, 25% des travailleurs pauvres qui sont hébergés [dans les structures d'urgence] devraient être dans des logements. Donc la question se pose du logement social et à quel coût, dans des zones tendues comme l'Ile-de-France, pour ces personnes à très faibles ressources.