Assassinat de Samuel Paty : "S'exprimer, pouvoir montrer des caricatures, c'est la France", estime un collégien du Bois d'Aulne

Elève du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), P. a fait part de son émotion et de son incompréhension après l'assassinant de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Des fleurs et des lumières en hommage devant le collège du Bois-d'Aulne où enseignait Samuel Paty, l'enseignement décapité à Conflans-Saint-Honorine, le 16 octobre 2020. (RÉMI BRANCATO / RADIOFRANCE)

[Edit - cet article a été mis à jour en masquant le prénom du collégien, les détenteurs de l'exercice de l'autorité parentale n'ayant pas donné d'autorisation pour que son visage et son identité soient dévoilés. Les personnes qui l'accompagnaient lors de l'interview ont pu donner de manière verbale leur autorisation, mais ils n'étaient pas habilités à le faire.]

"S'exprimer, pouvoir montrer des caricatures, c'est la France", déclare P., 12 ans, lundi 19 octobre au micro de France Inter. Le jeune adolescent a ému par sa maturité après la diffusion d'une vidéo tournée et diffusée samedi par le journaliste freelance Clément Lanot devant le collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, l'établissement des Yvelines où enseignait Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie décapité par un terroriste islamiste, vendredi. "Je ne sais pas trop pourquoi ça m'a autant ému. C'est mon collège, ça a dû être très violent, il a dû souffrir et ça m'a fait mal au cœur, raconte le jeune garçon, lui-même ne savait même pas que c'était son dernier jour".

Dans cette vidéo visionnée et partagée des milliers de fois tout le week-end, P. défend la liberté d'expression et partage sa tristesse et son incompréhension après l'assassinat du professeur. "C'est un cours, c'est fait avec un respect, raconte-t-il sur France Inter, dont il était l'invité de 7h50, le 19 octobre. Il n'a pas non plus critiqué une religion. Au contraire, il a même proposé à certains élèves de sortir. En plus, rien ne l'obligeait à dire ça, il aurait très bien pu faire son cours comme ça." 

"Il y en a qui m'ont dit que je n'étais rien"

Le jeune garçon, enfant de l'assistance publique, se déclare sans religion. Une position qu'il estime difficile à assumer dans son collège. "Certaines personnes, ça va énormément les contrarier, regrette-t-il. Il y en a qui m'ont dit que je n'étais rien, d'autres qui m'ont dit que je me mentais à moi-même." P. s'inquiète de la virulence et de la présence permanente des débats autour des questions de religion dans son établissement.

Ce que je comprends, c'est qu'on est obligé d'avoir forcément une religion et que si on n'a pas de religion, on est méprisé. 

P., élève au collège du Bois d'Aulne

à franceinfo

P. redoute de rentrer au collège après les vacances de la Toussaint, maintenant qu'il est devenu malgré lui l'un des visages de la liberté d'expression revendiquée. "En évoquant ce qui s'est passé, dans la cour de récré, je peux avoir des problèmes, s'inquiète-t-il. Certains élèves vont peut-être me dire : 'Mais qui t'a dit ça, pour entraîner des problèmes ?'" Il craint également la menace extérieure, "qu'il y ait un autre problème comme ça", "qu'il y ait une attaque ou qu'il y ait des terroristes qui viennent".

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.