Pour le CRIF, la hausse du nombre d'actes antisémites traduit "le développement d'un antisémitisme du quotidien"

Pour Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, il "trouver les moyens d'enrayer ce cancer qui gangrène la société française".

Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le 20 juin 2017.
Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le 20 juin 2017. (BENJAMIN CREMEL / AFP)

Alors que le Premier ministre Édouard Philippe annonce, vendredi 9 novembre, une hausse de 69% des actes antisémites sur les neuf premiers mois de 2018, après deux années de baisse, Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), demande, sur franceinfo, que l'antisémitisme soit "traité de façon individualisée" dans les plans de lutte contre les discriminations.

franceinfo : Aviez-vous ressenti une progression ?

Francis Kalifat : Nous ne sommes pas surpris par l'annonce qui a été faite par le Premier ministre, cette augmentation nous la sentions. Nous constatons une recrudescence des actes antisémites et de cet antisémitisme du quotidien. C'est ce que cela traduit, au-delà des actes des plus violents. Ces chiffres traduisent la permanence et le développement d'un antisémitisme du quotidien. C'est contre cela qu'il faut lutter aujourd'hui. Les Français juifs représentent moins d'1% de la population globale de notre pays et concentrent à eux seuls plus de 50% des violences racistes qui se passent dans notre pays. Je crois que ça devient insupportable. Nous constatons également que la succession des plans de lutte n'ont pas les effets escomptés.

Est-ce que ces plans fonctionnent ?

Nous revenons aujourd'hui en 2018 sur les chiffres record que nous avions atteints en 2015. Il faut donc reprendre les choses de façon complètement différente. Une des solutions serait peut-être de ne pas traiter l'antisémitisme avec l'ensemble de toutes les haines qui sont bien sûr aussi présentes dans notre pays.

Pourquoi ?

Je crois qu'il faut traiter l'antisémitisme de façon individualisée parce que l'antisémitisme ne répond pas du tout aux mêmes ressorts. Je crois qu'il est important qu'il y ait cette prise de conscience dans notre pays, parce que jusqu'à présent tous les plans qui se sont succédés ont intégré la lutte contre l'antisémitisme dans la lutte parmi toutes les formes de racisme et nous faisons bien le constat que cela ne fonctionne pas. Il faut trouver les moyens d'enrayer ce cancer qui gangrène la société française.