Procès Barbarin : "C'est le procès de toute une gouvernance qui n'a pas fonctionné"

"Tout le monde savait", a affirmé la journaliste du quotidien "La Croix" à franceinfo, alors que le procès du cardinal Barbarin a commencé lundi, il est jugé pour son silence sur des agressions sexuelles d'enfants.

Le cardinal Philippe Barbarin, à l\'arrivée à son procès à Lyon, le 7 janvier 2019.
Le cardinal Philippe Barbarin, à l'arrivée à son procès à Lyon, le 7 janvier 2019. (JEFF PACHOUD / AFP)

"Ce n'est pas le procès de monseigneur Barbarin. C'est le procès de toute une gouvernance qui n'a pas fonctionné", a expliqué lundi 7 janvier sur franceinfo Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef de La Croix, alors que le cardinal Barbarin comparaît pour non dénonciation d'agression sexuelle. Le cardinal-archevêque de Lyon de 68 ans et ses cinq coprévenus sont jugés jusqu'à mercredi pour ne pas avoir dénoncé à la justice les abus commis sur de jeunes scouts, entre 1986 et 1991, par le père Bernard Preynat.

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franceinfo : Que peut-on attendre de ce procès ?

Il y a déjà eu un avant et un après "affaire Barbarin 2015". Tout le travail qu'a fait l'association La parole libérée pour se faire reconnaître, se faire entendre, pour mettre les choses devant le nez des évêques, a payé. On peut dire déjà que l'attitude de Monseigneur Barbarin aujourd'hui ne se reproduirait plus : le fait de considérer que c'est une vieille affaire, de ne pas prendre au sérieux et à plusieurs reprises, de ne pas avoir voulu savoir ce qui s'était passé vraiment. [Depuis le début de l'affaire], l'Église a vraiment changé. Sauf qu'elle ne s'est occupée que des affaires de prêtres pédophiles en cours. Elle avait un dispositif pour dénoncer quand un signalement arrivait. Cela s'est à peu près fait. Là, ce que le procès montre, c'est qu'il y a des victimes qui ont plus de 30 ou 40 ans qui sont toujours blessées de manière profonde. Elles ont besoin de vérité et que l'on dise pourquoi l'Église n'a rien fait à cette époque.

Est-ce le procès d'un système ?

Ce n'est pas le procès de Monseigneur Barbarin. C'est le procès de toute une gouvernance qui n'a pas fonctionné. C'est même le procès d'une communauté. Tout le monde ou presque, dans cette commune de Sainte-Foy-lès-Lyon, savait. On avait tous des doutes. Cela veut dire que les prêtres le savaient, que les parents le savaient, que les archevêques successifs l'ont su. Pourquoi personne n'a rien dit ? Pourquoi il a fallu attendre si longtemps avant que l'on puisse dire la vérité sans avoir l'impression de mettre l'Église en danger ? Le simple fait que le procès ait lieu est une victoire. Les plaignants n'attendent pas forcément de condamnation. Mais pour eux c'est très important qu'enfin on reconnaisse les victimes, qu'on dise que la parole est vraie. Ce sont des personnes dont on a toujours nié qu'elles disaient la vérité. Il est très important qu'on dise en public, "Oui, il y a beaucoup de gens qui ont laissé faire cela".

Est-ce que vous comprenez la position du cardinal Barbarin ?

Non. C'est dommage parce que, quand la première victime est venue le voir, c'était en 2014, il aurait dû agir. Il aurait dû tout de suite faire un livre blanc, que toutes les victimes témoignent. Ce que je trouve dommage, c'est qu'il s'est mis contre les victimes. Il les a considérées comme des ennemis, alors qu'en fait, il aurait dû faire quelque chose avec elles contre ce prêtre. Le cardinal dit qu'il s'est trompé, qu'il regrette. Avant 2015, aucun évêque ne voulait voir vraiment les victimes. Là, ils ont été obligés de rencontrer les victimes et de s'apercevoir combien ces gens-là pouvaient être brisés et enfin de ne pas se mettre du côté du prêtre, mais du côté des victimes. C'est le basculement qu'il y a eu en 2015.