L'interdiction du burkini, un "fanatisme insensé" et une "idiotie" pour la presse anglo-saxonne

La décision de quelques maires français d'interdire sur les plages de leurs communes cette tenue de bain couvrant le corps et la tête des femmes musulmanes suscite l'incompréhension des journalistes dans le monde anglo-saxon.

La police municipale surveille une plage de Cannes (Alpes-Maritimes), le 11 août 2016.
La police municipale surveille une plage de Cannes (Alpes-Maritimes), le 11 août 2016. (MAXPPP)

Après ceux de Cannes et Villeneuve-Loubet, sur la Côte d'Azur, ou celui de Sisco, en Corse, le maire du Touquet, dans le Pas-de-Calais, compte à son tour prendre un arrêté interdisant le burkini sur les plages de sa commune. Faut-il bannir cette tenue de bain qui couvre le corps et la tête des femmes musulmanes du littoral hexagonal ? Le débat fait rage. La presse anglo-saxonne, elle, a déjà tranché. Elle critique cette nouvelle controverse franco-française, après la polémique sur le voile.

Interdire le burkini est "un acte de fanatisme insensé", affirme l'éditorialiste du quotidien britannique The Telegraph. "Il n'y a absolument aucune preuve que les femmes qui portent des burkinis soient liées de quelque manière que ce soit au terrorisme, et il n'y a aucune raison de penser que les interdire pourrait aider à contrecarrer les violents islamistes français", argumente Juliet Samuel. 

Les maires qui interdisent le burkini, estime-t-elle, "oublient l'une des valeurs les plus importantes d'une société libre : nous n'avons pas tous à croire à la même chose pour vivre ensemble". Et de conclure : "Les vrais ennemis de la liberté ne sont pas les porteuses de burkini, mais les politiciens qui veulent les interdire."

"Défier l'idiotie"

Une chroniqueuse du Guardian prend la "défense du burkini". Remona Aly entend "défier l'idiotie" et liste avec humour "cinq raisons" de le porter – "et pas seulement pour embêter les Français". D'abord, porter un burkini permet de "lancer une frénésie médiatique", cela fait "faire des économies de crème solaire", cela conduit à "diversifier le mouvement de libération des femmes". Enfin, cela "souligne le ridicule" – difficile de dissimuler une bombe dans une combinaison de bain moulante, relève-t-elle – et, surtout, on peut ainsi "célébrer la liberté"

La BBC aussi ironise, photo à l'appui. "Les autorités devront faire la distinction entre les nageurs en burkini et ceux en combinaison de plongée", tant les deux tenues peuvent se ressembler.

Ironie et contre-exemples

"La France désigne la dernière menace en date pour sa sécurité : le burkini", titre en une le New York Times, avec une pointe d'ironie. "L'insistance de la France à tenir les tenues religieuses hors de la vie publique peut parfois paraître étrange aux étrangers", écrit le correspondant du journal américain depuis Paris, avant de donner deux contre-exemples. 

"Aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro, plusieurs femmes musulmanes ont concouru dans des tenues de sport qui couvraient leurs cheveux et leur cou." Et "des maillots de bain couvrant le visage ont été repérés en Chine et dans d'autres endroits par des baigneurs soucieux de ne pas trop prendre le soleil."