"D'un point de vue juridique, Emmanuel Macron a tout à fait le droit de prôner un dialogue avec l'Eglise"

Selon Nicolas Cadène, rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité, le président n'a commis aucune entorse à la loi de 1905 lors de son discours devant la conférence des évêques mais également pendant son mandat. 

Emmanuel Macron lors de son discours devant la conférence des évêques, à Paris, le 9 avril 2018. 
Emmanuel Macron lors de son discours devant la conférence des évêques, à Paris, le 9 avril 2018.  (LUDOVIC MARIN / AFP)

"Un discours digne d'un curé", "un affront dangereux à la laïcité"... Emmanuel Macron s'est attiré les foudres de la gauche en s'adressant aux catholiques, lundi 9 avril. Lors de ce long discours devant la conférence des évêques, le chef de l'Etat a notamment déclaré vouloir "réparer" le "lien abîmé" entre l'Etat et l'Eglise.

Franceinfo a interrogé Nicolas Cadène, le rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité. S'il comprend que ces propos puissent provoquer un "débat politique", il n'y voit pas une entorse à la loi de 1905.  

Franceinfo : Selon Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron est allé trop loin en évoquant "un lien" entre l'Eglise et l'Etat. Partagez-vous ce point de vue ? 

Nicolas Cadène : Il peut y avoir des débats politiques sur le dialogue souhaité par le président avec les religions. Ils sont légitimes. Mais d'un point de vue juridique, il a tout à fait le droit de prôner ce dialogue. Cela ne constitue pas une entorse à la loi de 1905 qui, je le rappelle, prévoit notamment que la "République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte". Emmanuel Macron a aussi rappelé que la laïcité, c'était "la liberté de croire et de ne pas croire" et a rappelé que chaque citoyen devait, sans compromis, respecter les lois de la République. 

Comme l'a relevé le rédacteur en chef de La Croix sur franceinfo, le président a montré lors de ce discours qu'il était familier de l'univers catholique. N'est-il pas problématique de l'afficher ? 

On ne peut pas lui reprocher d'avoir une culture personnelle propre. La limite se situe dans les actes et dans les politiques publiques mises en œuvre, qui doivent respecter le principe de neutralité de l'Etat. Emmanuel Macron a prôné l'ouverture et a dialogué de la même façon avec les protestants, les juifs et les musulmans. Dans aucun de ces déplacements, il n'a marqué une adhésion à un culte.

Emmanuel Macron ne s'est pas signé devant le cercueil de Johnny Hallyday mais s'est rendu coiffé d'une kippa à l'enterrement de Mireille Knoll, une octogénaire juive tuée chez elle. Cela peut-il être mal interprété ?

Porter une kippa, ce n'est pas une marque d'adhésion à la religion juive mais un signe de respect. C'est comme enlever ses chaussures lorsque l'on entre dans une mosquée. Si un représentant de l'Etat fait une prière dans un lieu de culte, c'est plus problématique. 

C'est ce qu'avait fait Nicolas Sarkozy en récitant le Notre-Père à la basilique Saint-Pierre...

En effet. Cela peut-être perçu comme une entorse au principe de laïcité car le président incarne l'impartialité et la neutralité de l'Etat vis à vis des différents cultes. Quand il était candidat à la présidentielle, François Fillon avait fait part de son adhésion aux valeurs catholiques. On peut légitimement craindre les influences religieuses sur l'élaboration de la loi car l'histoire française a connu cela, en particulier avec l'Eglise catholique. C'est pour cela que les débats sont vifs sur le sujet. 

S'agissant des débats de société, tels que la bioéthique, la fin de vie ou l'accueil des migrants, le chef de l'Etat a dit attendre "beaucoup" des catholiques. Là encore, cela peut-il prêter à confusion ?

Les associations cultuelles ont le droit de participer aux débats. La religion doit être traitée en France comme n'importe quelle conviction, politique, syndicale... Mais cela ne lui donne pas le droit d'imposer son point de vue. Emmanuel Macron a rappelé que l'Eglise pouvait faire entendre ses options et ses idées sur  les sujets de société. Prôner le renouvellement du dialogue, c'est peut-être aussi pour éviter de nouvelles tensions après les débats autour du mariage pour tous. Il n'empêche. Quand une loi est votée, il faut la respecter et l'appliquer. Emmanuel Macron a été très clair sur ce point.