Etude sur les musulmans : pourquoi certains politiques ont tort d'affirmer qu'il y a 28% de "radicaux" en France

L'étude sur les musulmans en France, publiée dans le "JDD", a été largement reprise par la classe politique. Le chiffre de 28% de musulmans "opposés aux valeurs de la République" a été commenté plus particulièrement. Franceinfo revient sur ce point.

Des fidèles prient à la mosquée de Fréjus (Var), le 21 janvier 2016.
Des fidèles prient à la mosquée de Fréjus (Var), le 21 janvier 2016. (MAXPPP)

Il y a "28% de radicaux", "des terroristes potentiels"... Depuis la publication dans le JDD, dimanche 18 septembre, d'une étude menée conjointement par l'Institut Montaigne et l'Ifop, sur les musulmans en France, les réactions politiques se succèdent.

A droite et à l'extrême droite, un chiffre a particulièrement retenu l'attention : 28% des musulmans de France ont adopté "un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République". Franceinfo a cherché à mieux comprendre ce chiffre de 28%.

Parce que l'étude ne parle pas de musulmans "radicaux" (ni de terrorisme)

La députée FN Marion Maréchal Le Pen a rapidement publié ce tweet, estimant qu'il y avait 1,5 million de musulmans radicaux en France. De son côté, le maire d'extrême droite de Béziers (Hérault), Robert Ménard, a réagi en parlant de "terroristes potentiels".

Problème : le terme de "radicaux" n'est jamais employé dans l'étude, car "aujourd'hui, la radicalisation est devenue le point de basculement vers le terrorisme", explique Hakim El Karoui, auteur de l'étude, contacté par franceinfo. Il faut préciser que ce document ne pose pas de questions sur un éventuel rapport à la violence ou sur le terrorisme. Le terme employé est "autoritaires", précise Hakim El Karoui : "Ce terme est utilisé par les sciences politiques pour désigner des gens qui adhèrent à des normes très dures."

Parce qu'il y a des nuances au sein même des 28% d'"autoritaires"

Selon la typologie établie par l'Institut Montaigne, 28% des musulmans en France ont des attitudes "autoritaires" et "sécessionnistes". "Ces personnes font sécession par la religion et non pour la religion", précise Hakim El Karoui. Pour l'essayiste, cette catégorie utilise les "marqueurs extérieurs de la religion" pour se mettre à part, "en marge de la société française".

En clair, les musulmans qui ont été regroupés dans cette catégorie sont ceux qui, globalement, se prononcent pour la consommation de viande halal, pour le port du voile intégral, estiment que la religion a sa place au travail ou encore s'opposent à la laïcité. Mais là encore, les choses sont plus nuancées. Car parmi ces 28%, 15% ont une vision "dure" des pratiques religieuses, mais favorisent davantage la religion comme une affaire privée que public.

En revanche, pour 13% de ce groupe, la loi religieuse doit passer avant celle de la République. Si pour Hakim El Karoui, il faut interpréter avec prudence ces chiffres, il estime qu'il y a tout de même là "un sentiment d'urgence" : "Ce qui est inquiétant, c'est qu'ils soient aussi nombreux." 

Parce que la religion n'est pas le seul facteur déterminant

Par ailleurs, selon l'auteur de l'étude, le système de "sécession" ne s'explique pas uniquement par la religion. "L'étude montre que ce n'est pas qu'un sujet autour de l'islam. Il y a aussi d'autres problématiques, comme la désindustrialisation, la discrimination, la panne de la société française. Ces personnes vont donc vers la rébellion via la religion. Chez d'autres, cela s'exprimera par un vote Front national", détaille Hakim El Karoui.

Ainsi, l'étude ne s'attache pas uniquement au lien des sondés avec l'islam. Elle s'intéresse également à leurs origines sociales, leurs diplômes, leurs catégories socio-professionnelles, leurs types d'activités... Concernant donc ce groupe de 28%, "il s'agit de personnes qui connaissent très mal la religion, qui sont majoritairement jeunes, peu qualifiées, peu insérées dans l'emploi et qui vivent dans des zones urbaines sensibles", ajoute l'auteur de l'étude. 

Une analyse partagée par Marc Cheb Sun, auteur de L'énergie musulmane et autres richesses françaises aux éditions Philippe Rey. Pour lui, il n'y a pas un groupe constitué qui tourne le dos à la société de manière définitive : "Il faut sortir des schémas avec les bons musulmans intégrés d'un côté, et de l'autre la jeunesse, des mauvais musulmans pas intégrés."