Congé indemnisé pour les aidants familiaux : "C'est un premier pas, mais c'est largement insuffisant", témoigne la mère d'une fille trisomique

Caroline Boudet y voit "une reconnaissance" mais qui ne va pas assez loin. 

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Radio France
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Caroline Boudet en janvier 2015.  (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Caroline Boudet, journaliste, maman d'une petite fille trisomique, auteure de L'effet Louise publié aux éditions Stock, a salué jeudi 1er octobre sur franceinfo la mise en place d'un congé indemnisé de trois mois pour les aidants familiaux. Elle y voit "une reconnaissance du statut d'aidant", même si elle estime que "c'est largement insuffisant".

franceinfo : La mise en place d'un congé pour les aidants familiaux est une bonne nouvelle pour vous ?

Caroline Boudet : Je me réjouis, dans le sens où c'est quand même une reconnaissance du statut d'aidant. Il existe maintenant un congé. Le mot rentre maintenant dans les esprits et on reconnaît que les proches font un travail important. Mais je vous avoue que trois mois sur toute une carrière, autrement dit sur une vie, c'est peu. Si je m'arrête pour aider ma fille handicapée, est-ce que j'aurai plus de temps dans vingt ans pour aider mes parents âgés ou en fin de vie ? Cela pose question. C'est un premier pas, mais c'est largement insuffisant.

Ces trois semaines vont faire quand même du bien à beaucoup d'aidants ?

C'est vrai qu'il y a une usure, il y a une fatigue psychique qui s'installe et cela peut être bien effectivement de pouvoir peut-être poser deux semaines ou trois semaines. Comme beaucoup d'aidants au départ, je n'avais pas du tout envie d'être considérée comme une aidante parce que je suis la maman de ma petite fille et je fais ce qu'il faut pour elle. Mais après, il faut quand même prendre conscience qu'il y a des choses qu'on fait vraiment en plus des autres. Au-delà d'une idée de congé, j'aimerais vraiment beaucoup qu'on se penche sur l'aide individuelle qu'on pourrait apporter aux familles.

Faudrait-il plus de souplesse pour les aidants qui travaillent ?

Je ne suis plus salarié, je travaille en indépendante, mais c'était aussi d'ailleurs pour gagner un peu plus de souplesse et de liberté dans mes journées. Même si l'employeur est au courant, même s'il est bienveillant, la fatigue que ça représente ne serait-ce que de demander à pouvoir s'absenter pour des rendez-vous médicaux ou paramédicaux qui sont très souvent en milieu de journée. On sent la lassitude des collègues. C'est vrai que c'est un peu pesant. Et puis, au bout d'un moment, on en a assez de demander, car demander c'est à chaque fois rappeler qu'on a un proche qui a une maladie, un handicap. Ce n'est pas facile et on n'a pas envie de voir sa vie réduite à ça. Ce n'est pas parce qu'on est aidant qu'on souhaite arrêter de travailler. Souvent, c'est même très important d'ailleurs d'avoir une vie professionnelle, sociale à côté. C'est important pour l'aidant et pour la personne aidée. Si les aidants n'ont pas le moral, c'est très, très compliqué. Donc oui, pour plus de souplesse, beaucoup plus en parler et sensibiliser parce que ça reste encore quelque chose qu'on finit par taire aussi soi-même.

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