Retards, incidents, surcoûts… En France et ailleurs, l'EPR galère

Alors qu’EDF annonce mercredi un nouveau dépassement de 1,5 milliard d’euros pour le chantier de Flamanville, retour sur les multiples galères de l’EPR, nouveau modèle de centrale nucléaire.

L\'EPR de Flamanville en 2016.
L'EPR de Flamanville en 2016. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

C’est la 10e réévaluation du coût des travaux de l’EPR de Flamanville (Manche), depuis le lancement du chantier en 2007, qu'EDF a annoncé mercredi 9 octobre. L’EPR (réacteur pressurisé européen) n’en finit pas de donner des boutons à ses promoteurs, que ce soit en France, en Grande-Bretagne ou en Finlande. Ce projet hors norme est pourtant selon ses défenseurs l’avenir du nucléaire français. 

Dès le départ l'EPR coûte cher, car c'est un réacteur nucléaire de 3e génération. Plus puissant et surtout plus sûr, avec une multiplication des systèmes de sauvegarde afin de refroidir le cœur du réacteur en cas de défaillance, et une coque de protection en béton et en acier pour résister aux dangers venus de l'extérieur, comme les séismes ou la chute d'un avion de ligne. Initialement, Areva alliée à l’allemand Siemens (qui s’est depuis retiré) prévoyait un budget de 3,3 milliards d'euros pour Flamanville et une livraison en 2012.  

Flamanville, presque quatre fois plus cher

Malheureusement, le chantier dérape rapidement pour de multiples raisons. La cuve de la centrale concentre les problèmes en raison d’anomalies sur le béton et l’acier utilisés dans le fond de la cuve et dans son couvercle. De nombreuses soudures sont à refaire et l’utilisation de robots commandés à distance fait exploser les coûts.

Les retards s'expliquent aussi par la mort de deux ouvriers de Bouygues sur le chantier en 2011 et par l’adoption de nouvelles normes à la suite de la catastrophe de Fukushima au Japon. EDF, qui a repris Areva, évoque aujourd’hui un coût total de 12,4 milliards d’euros et une mise en service pour 2023. C’est presque quatre fois plus de dépenses que prévues et un retard de 11 ans.

Cauchemar en Grande-Bretagne  

Mais le site normand de Flamanville n’a pas le monopole des retards. La technologie EPR a été vendue à la Grande-Bretagne pour la construction de la centrale d'Hinkley Point, soit deux réacteurs dans le sud-ouest du pays. En septembre 2019, EDF annonçait que le chantier pourrait coûter jusqu'à 3,3 milliards d'euros de plus que prévu, pour un budget total compris entre 25 et 27 milliards d'euros.

La mise en service est prévue pour fin 2025, avec sept ans de retard sur les prévisions initiales. Le chantier britannique n’a débuté qu’en 2016, mobilise 4 000 personnes avec la mise en place de la plus grande  grue au monde, d’une hauteur de 250 mètres. Le gouvernement britannique a rappelé qu'en vertu du contrat signé avec EDF, ce ne sera pas au contribuable de payer les surcoûts, mais à EDF et ses partenaires.    

En Finlande, bientôt la fin des galères ?  

Sur le site d'Olkiluoto, au sud de la Finlande, les promoteurs ont eu de belles sueurs froides. Le chantier a été lancé en 2005 et le retard sera de dix ans aux dernières nouvelles. Areva a été obligée de verser 450 millions d’euros à la compagnie finlandaise d’électricité TVO pour compenser ses retards. Finalement, le chargement de combustible est prévu pour le mois de janvier 2020 et la production d'électricité devrait débuter à l'été 2020.  

La Chine pionnière    

Si EDF voit le bout du tunnel en Finlande, le géant français de l’énergie a pu sabrer le champagne en Chine puisque le tout premier EPR au monde a commencé à fonctionner dans le pays le plus peuplé de la planète. Cela s’est passé dans la centrale de Taishan. Le premier réacteur est entré en exploitation commerciale en décembre 2018 et le second en septembre 2019. "La technologie EPR est une promesse d’avenir", a fièrement annoncé EDF à cette occasion. Reste que le chantier a lui-aussi subi des retards. Plus de quatre ans.