Nucléaire, énergies renouvelables... Ce qu'il faut retenir du rapport de RTE sur l'avenir de l'électricité en France à l'horizon 2050

Le gestionnaire du Réseau de transport électrique français a dévoilé lundi six scénarios pour atteindre la neutralité carbone dans la production d'électricité d'ici à trente ans. Ce document, intitulé "Futurs énergétiques 2050", doit servir de base au gouvernement. 

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Un parc éolien en Occitanie, le 15 septembre 2021. (THOMAS BARON / HANS LUCAS / AFP)

Deux ans de travaux, 40 réunions techniques, 9 groupes de travail pour répondre à une question : comment sortir complètement des énergies fossiles d'ici 2050 ? C'est le sens de l'épais rapport que RTE a posé sur le bureau du gouvernement, lundi 25 octobre. Le gestionnaire du Réseau de transport d'électricité propose six scénarios pour faire évoluer notre système de production électrique pour les trente années à venir, et ainsi lutter contre le dérèglement climatique. Franceinfo vous résume ce qu'il faut en retenir.

Six scénarios pragmatiques pour une neutralité carbone en 2050

A l'intérieur de ce rapport, intitulé "Futurs énergétiques 2050", on trouve six scénarios possibles pour la future production électrique du pays, avec une part de nucléaire et/ou d'énergies renouvelables variable selon les cas. Cela va du 100% renouvelables en 2050 à un développement "volontariste" du nucléaire. 

Les trois premiers scénarios font la part belle aux énergies renouvelables. Le premier (100% d'énergies renouvelables en 2050) suppose une sortie totale du nucléaire avec un rythme de développement du photovoltaïque, de l'éolien et des énergies marines "poussés à leur maximum". Les deuxième et troisième options, toujours sans construction de nouveaux EPR, conservent une part de nucléaire provenant des réacteurs déjà existants. 

A l'inverse, les trois autres scénarios penchent plutôt vers la création de nouveaux réacteurs de nouvelle génération (EPR2), associés dans tous les cas à une progression des énergies renouvelables. Deux d'entre eux imaginent une part minoritaire mais significative du nucléaire dans le bouquet français en 2050, avec respectivement 8 EPR ou 14 nouveaux EPR lancés. Un dernier scénario imagine enfin 14 EPR ainsi que des petits réacteurs, et la prolongation d'une partie du parc existant au-delà de soixante ans, permettant d'avoir encore 50% de nucléaire en 2050.

Tous ces cas de figure répondent à deux conditions préalables : assurer la sécurité d'approvisionnement du système électrique français et atteindre la neutralité carbone en 2050. "Chaque scénario simule l'équilibre entre consommation et production à chaque heure de chaque jour et de chaque année pendant trente ans, tout en prenant en compte les critères météorologiques", rapporte Le Monde.

Précision importante : RTE ne prend pas partie pour une option plutôt qu'une autre. Il se contente de présenter "leurs avantages, leurs inconvénients, leurs impacts et leurs conséquences"  pour l'environnement et pour la société, souligne Xavier Piechaczyk, le président du directoire. Autrement dit, l'entreprise décrit pour chaque scénario sa faisabilité technique et économique. "Tous ces chemins sont possibles, même si certains sont plus difficiles ou incertains", se permet-il simplement de juger.

Les énergies renouvelables doivent significativement être développées (mais coûtent cher)

Les auteurs du rapport l'écrivent noir sur blanc : atteindre la neutralité carbone "est impossible sans un développement significatif des énergies renouvelables". En clair, même le scénario de développement le plus massif du nucléaire ne pourra pas se faire sans un essor important des renouvelables. Dans trente ans, la filière nucléaire ne sera pas en mesure de proposer une capacité de production supérieure à 50 gigawatts. Pour s'en sortir, il faudra alors multiplier par sept la capacité solaire et par 2,5 l'éolien. "Si nous voulons être à l'heure des objectifs climatiques en 2030 puis 2050, à un coût maîtrisé et sans prendre le risque d'être exposé à des technologies encore peu matures, nucléaire et énergies renouvelables devront s'entendre dans les prochaines années", défend Xavier Piechaczyk dans les colonnes de L'Express.

Une nuance toute de même : même si les coûts des renouvelables ont fortement baissé, les experts de RTE mettent en garde sur le "coût complet" de chaque énergie. Ils rappellent notamment que le solaire ou l'éolien nécessitent des investissements plus importants pour les réseaux électriques (car ils sont plus éparpillés) et pour la flexibilité (car ils ne produisent pas en permanence), avec le besoin, par exemple, de davantage de stockage et de centrales thermiques d'appoint à hydrogène ou biométhane.

Le nucléaire reste malgré tout indispensable

Le rapport devrait conforter les partisans de l'atome. Se passer totalement du nucléaire ajouterait "une contrainte très forte sur l'atteinte de la neutralité carbone" (page 29 du rapport)Surtout, et c'est une nouveauté, le rapport conclut que le nucléaire reste une voie moins onéreuse que de compter sur les seules énergies renouvelables pour atteindre la neutralité carbone au milieu du siècle, comme la France s'y est engagée aux côtés de dizaines de pays. Ainsi, "construire de nouveaux réacteurs nucléaires est pertinent" du point de vue économique, peut-on lire dans le texte de 600 pages. 

"Les scénarios comprenant de nouveaux réacteurs nucléaires apparaissent plus compétitifs."

Les experts de RTE

dans leur rapport "Futurs énergétiques 2050"

L'écart est de l'ordre de 10 milliards d'euros par an entre un scénario avec de nouveaux réacteurs nucléaires (14 EPR) et un autre sans, posant le postulat du développement de grands parcs renouvelables. Le fossé se creuse même à quelque 20 milliards par an si l'on compare cette option nucléaire à une autre faisant le pari d'un développement "diffus" des renouvelables, avec notamment un fort recours au solaire installé sur les toitures. 

Il y a urgence à agir

Quel que soit le scénario privilégié par le gouvernement, quel que soit le ratio nucléaire-renouvelables choisi, une chose est en revanche certaine, répètent les auteurs du rapport : "il y a urgence à se mobiliser". "La crise climatique nécessite d'aller beaucoup plus vite durant la prochaine décennie que pendant celle qui précède, tout en garantissant une adhésion de la société aux objectifs et aux mesures engagées et en ne se limitant pas à transférer les émissions hors de France", peut-on lire (page 60)

Le patron de RTE va même plus loi, toujours dans L'Express : "Il y a urgence à décarboner nos usages, il y a urgence à électrifier l'économie car cela sert la décarbonation. Il y a aussi urgence à prendre les orientations sur notre futur mix électrique. Car plus tôt ces orientations seront prises, plus vite nous serons en ordre de marche vers nos objectifs climatiques."

"Si on ne les prend pas maintenant, on aura probablement du mal à être au rendez-vous de la neutralité carbone à horizon 2050, ou encore de la réduction des émissions de 55% d'ici 2030, que prévoit l'Union européenne."

Xavier Piechaczyk, patron du directoire de RTE

à "L'Express"

En plein débat sur le pouvoir d'achat, cette conclusion aura évidemment une résonnance particulière. RTE conclut que "le système électrique de la neutralité carbone peut être atteint à un coût maîtrisable pour la France". Concrètement, il se traduirait par une augmentation de l'ordre de 15% pour un mégawattheure (MWh) électrique. 

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