Audit réclamé sur l'EPR de Flamanville : "Ce serait trop simple de mettre toute la charge de cet échec sur EDF"

L'expert nucléaire Yves Marignac, directeur de Wise-Paris, est revenu sur la demande d'audit sur la filière EPR demandée par Bruno Le Maire, vendredi soir.

Opération de ferraillage avant de couler le béton, le 4 novembre 2011, à Flamanville (Manche). 
Opération de ferraillage avant de couler le béton, le 4 novembre 2011, à Flamanville (Manche).  (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Bruno Le Maire, a indiqué, vendredi 5 juillet, avoir demandé un audit sur la filière EPR après les déboires à répétition rencontrés par le chantier de l'EPR de Flamanville (Manche). Le ministre de l'Économie a dénoncé notamment des "incidents à répétition pas acceptables". Pour l'expert nucléaire Yves Marignac, "ce serait beaucoup trop simple de mettre toute la charge de cet échec sur EDF".

Un chantier et beaucoup de retards

"Les choix d'engager le projet de l'EPR de Flamanville (faits entre 2003 et 2005), le fait de retenir cette technologie et de parier que ce serait la technologie d'avenir sur laquelle la filière nucléaire pourrait compter pour renouveler le parc... Ces choix ont été assumés par l'ensemble de la filière nucléaire : EDF, Areva, mais aussi le gouvernement et les instances de sureté", rappelle le directeur de Wise-Paris et membre des groupes d’experts de l’Autorité de sûreté nucléaire sur les réacteurs. 

Tout le monde a une responsabilité dans la manière dont ce dossier a évolué. Ce n'est pas aujourd'hui qu'on découvre d'un seul coup que tout s'est mal passé depuis 15 ansYves Marignacà franceinfo

L'Autorité de sûreté nucléaire a demandé le 20 juin à EDF de réparer huit soudures difficilement accessibles sur l'EPR, occasionnant de nouveaux retards et surcoûts pour ce chantier. "La question se pose même de savoir si l'EPR de Flamanville est un réacteur qui mérite qu'on finisse de le construire et qu'on s'engage dans son exploitation", s'interroge Yves Marignac.

"C'est un projet tellement gros qu'il devient son propre piège. On est à un coup projeté de quasiment 11 milliards d'euros, par rapport à 3 milliards prévus initialement, et cela va forcément évoluer, puisqu'EDF n'a pas encore actualisé le coût final en tenant compte des réparations des soudures. On sera probablement, au final, à 10 milliards de surcoûts", estime le spécialiste.

"Renoncer, dans ces conditions, paraît absurde, mais d'un autre côté, démarrer le réacteur, c'est démarrer un équipement qui ne fonctionnera qu'à perte (le coût de production de cette électricité sera trop cher par rapport aux prix du marché), et c'est s'ajouter le coût, un jour, du démantèlement. S'il n'y a pas de perspective industrielle derrière pour de nouveaux projets de ce type, la question de continuer mérite vraiment de se poser", conclut Yves Marignac.