Marche des fiertés : comment les mangas se sont emparés de la cause LGBT+

À deux jours de la marche des fiertés à Paris, tour d'horizon des mangas qui ont abordé la question de l'identité sexuelle.

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Radio France
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Quelques mangas abordant la question de l'identité sexuelle, disponibles en France (AKATA / PIKA)

Après une édition 2020 annulée en raison du Covid-19, la Marche des Fiertés de Paris 2021 aura lieu samedi 26 juin, sans chars ni podiums. Les personnes LGBTI+ sont encore difficilement acceptées. Aborder le sujet n'est pas simple, surtout quand on est jeune. De nombreux auteurs de manga se sont emparés du sujet.

Au Japon, l'homosexualité est un sujet délicat. Jusqu'au milieu de l'ère Meiji (1868-1912), la société japonaise était très tolérante, les relations homosexuelles entre samouraïs étaient généralement admises, voire encouragées entre les maîtres et leurs disciples. Mais à partir de la Seconde Guerre mondiale, l'homosexualité a été considérée comme anormale. Aujourd'hui, les mentalités évoluent vers plus d'acceptation.

Le tournant des années 70

Les auteurs de manga abordent le sujet depuis plus de 60 ans et ont contribué à faire évoluer les mentalités envers les personnes LGBT+ (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres...). Dans les années 70, Le cœur de Thomas de Moto Hagio a particulièrement marqué les esprits. L'histoire commence après le suicide de Thomas, fou amoureux de son camarade Juli à qui il a laissé une lettre. Bouleversé par cette révélation, le studieux Juli sombre dans des abîmes de confusion, et c’est à son ami Oscar qu’incombe le devoir de veiller sur lui, malgré les sentiments coupables qu’il éprouve lui aussi pour son triste patient.

Depuis, de nombreux mangas représentent les personnes LGBTI+ de manière non stéréotypée. Certains, comme Gengoroh Tagame, Ebine Yamaji ou Yukhi Kamatani, en font l'un des thèmes de leur histoire, mais d'autres abordent le sujet de manière plus discrète en insérant un ou deux personnages LGBT+ dans leur récit. La rose de Versailles montre le transgenre, Moyasimon évoque l'homosexualité, Knights of Sidonia aborde les personnes agenrées.

En France, la maison d'édition Akata s'est spécialisée dans la publication de mangas aux thèmes difficiles comme le handicap, l'homosexualité, le harcèlement… Parmi les titres phares de cet éditeur, Le mari de mon frère, Éclat(s) d'âme ou encore Celle que je suis trouvent un écho particulier auprès de la communauté LGBT+ francophone.

Le mari de mon frère ou l'homoparentalité bienveillante

Le mari de mon frère, de Gengoroh Tagame, salué au Festival international de BD d'Angoulême en 2017, traite de l'homophobie et de l'acceptation. Yaichi vit seul avec sa fille. Un jour, ils reçoivent la visite de Mike, le mari de son défunt frère jumeau. Yaichi découvre alors l'homosexualité de son frère et une culture différente puisque Mike est canadien. Entre chaque chapitre, l'auteur dresse, en quelque pages, un état des lieux de l'homosexualité à travers le monde.

Éclat(s) d'âme, de Yukhi Kamatani, aborde la question de la crise identitaire, du coming out, de la transidentité, mais aussi de la compréhension de soi et des autres. Ces thèmes sont évoqués à travers l'histoire de Tasuku, un lycéen qui, supportant mal d’être “outé”, pense à se suicider… Mais de rencontre en rencontre, deux lesbiennes, un homme n'exposant pas son homosexualité, il va apprendre à se connaître, à s'accepter, et trouver sa place dans le monde. La mangaka, qui a révélé son asexualité et sa transidentité, aborde avec beaucoup de poésie les problématiques auxquelles sont confronté.e.s les LGBT+ dans les sociétés modernes. L'éditeur du manga, Akata, a reversé 5% des recettes générées par le tome 2 à SOS Homophobie.

Pages du manga Eclat(s) d'âme (SHIMANAMI TASOGARE / YUHKI KAMATANI / SHOGAKUKAN / AKATA)

Celle que je suis, de Bingo Morihashi et Suwaru Koko, évoque la transidentité et les contraintes sociales qui pèsent sur la jeunesse. Dans les années 80, Yûji Manase, étudiant, vit au quotidien avec deux secrets dont il n’a jamais parlé à personne : d’une part, les sentiments qu’il éprouve pour son ami de longue date Masaki Matsunaga, et de l’autre, le malaise qu’il ressent vis-à-vis de son corps. Un jour, Yûji pose la main sur une robe que sa sœur a laissée dans son appartement, sans savoir que cet acte allait bouleverser sa vie… Tout en douceur, on observe la difficulté pour certains jeunes de grandir avec des contraintes sociales, familiales ou financières qui les étouffent.

Un enjeu de société

Des titres "didactiques" comme Asana n'est pas hétéro, de Sakuma Asana, ou Je crois que mon fils est gay d'Okura, notamment, montre comment la société japonaise voit l'homosexualité. Les réactions ne sont pas toujours hostiles, mais les non-dits restent nombreux dans ce pays où on n'exprime pas ce que l'on pense et encore moins ses souffrances.

Les mangas autobiographiques aident aussi beaucoup de jeunes à comprendre ce qu'ils vivent. Dans Solitude d'un autre genre, Kabi Nagata raconte sa dépression. Son long-parcours pour comprendre son mal-être va l'amener à accepter son homosexualité refoulée. Cette vie de souffrance est partagée par de nombreuses personnes qui ont dû mal à trouver leur place dans la société au moment du passage à l’âge adulte.

Au Japon, il n'existe pas de programme scolaire sur l'orientation sexuelle ou l'identité de genre. C'est pourquoi de nombreux jeunes se tournent vers les mangas, notamment, pour trouver des informations et mieux comprendre, accepter, ce qu'ils vivent. Face à ce constat, Human Rights Watch (HRW) a recueilli, en 2016, les témoignages d'élèves japonais homosexuels sur le harcèlement souvent violent subi dans leurs écoles. Avec le mangaka Taiji Utagawa, l'ONG a créé une série de mangas qui reflète l'expérience de ces élèves. Ils espèrent que cela fera réagir le gouvernement et les enseignants.

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