Les harkis réclament toujours la reconnaissance de la République

Dimanche 25 septembre, la France rend hommage aux harkis, combattants algériens enrôlés dans l’armée française pour lutter contre les hommes du FLN pendant la guerre d'Algérie. Une journée nationale du souvenir instaurée en 2001 par Jacques Chirac. 

Deux fils de harkis et leurs mères devant la stèle rendant hommage aux forces \"supplétives et assimilées\", en face du camp Joffre près de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales).
Deux fils de harkis et leurs mères devant la stèle rendant hommage aux forces "supplétives et assimilées", en face du camp Joffre près de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). (RADIO FRANCE / STÉPHANE IGLÉSIS)

Quelque 180 000 soldats musulmans ont combattu aux côtés de la France entre 1955 et 1962. Certains étaient déjà soldats pendant la Seconde Guerre mondiale. D’autres avaient participé à la guerre d’Indochine au début des années 1950. Le destin de ces forces "supplétives" ou "assimilées" - c’est comme ça que les appellent le gouvernement français et l’armée - s’est transformé en tragédie après les accords d’Évian en 1962. Plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers d'entre eux ont été massacrés par les vainqueurs en Algérie.

Des stèles du souvenir dans le sud-ouest de la France

Boussaad Boukerroui, un ancien harki, vit aujourd'hui près de Bergerac : "Je me suis engagé dans l'armée française parce que le FLN a égorgé ma belle-soeur à l'époque. Ils voulaient abuser d'elle. Et quand j'ai su qu'ils avaient aussi tué mon cousin, je me suis engagé". Si c'était à refaire, il ne le referait pas, affirme-t-il aujourd'hui.

Dimanche 25 septembre, certains harkis profiteront de la journée nationale d’hommage pour se regrouper autour de stèles commémoratives réparties de Bordeaux à Perpignan.

À leur arrivée en France, ces deux veuves harkis ont connu le camp Joffre près de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales)
À leur arrivée en France, ces deux veuves harkis ont connu le camp Joffre près de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) (RADIO FRANCE / STÉPHANE IGLÉSIS)

Aicha Khadri, elle, était femme de harki. Elle se souvient de son arrivée en France en 1962, au camp Joffre près de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) : "Quand on est arrivés ici, personne ne nous a expliqué pourquoi on était là, ce qu'on devait faire, avec qui on pouvait communiquer. Un peu comme des animaux. On était perdus."

Ce qui m'a le plus marqué, c'est quand des profs en classe faisaient des cours d'histoire et me montraient du doigtHacène Aroudj, fils de harkiFranceinfo

Discrimination, racisme et ostracisme. Ce triptyque a également été vécu par de nombreux fils et filles de harkis. Hacène Aroudj habite aujourd'hui à Lavelanet en Ariège, après avoir passé de longues années en région parisienne : "À l'école primaire, un gamin me disait 'Quand on sort de l'école, on ne se parle plus, parce que mon père m'a dit d'éviter les bicots'. Ce qui m'a le plus marqué, c'est quand des profs en classe faisaient des cours d'histoire et me montraient du doigt en disant 'Vous voyez, son père a combattu contre le père d'untel'. Ils attisaient ce genre de haine".

Au-delà de revendications financières pour certains, les harkis réclament surtout aujourd'hui à la République de la considération pour leurs parents. Des parents qui ont donné leur vie et ne sont considérés au mieux que comme des supplétifs de l'armée française, c'est à dire des soldats au rabais.

Stèle en hommage aux harkis
Stèle en hommage aux harkis (RADIO FRANCE / STÉPHANE IGLÉSIS)

Les harkis réclament toujours la reconnaissance de la République. Le reportage en Dordogne de Stéphane Iglésis
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