L'abolition de la peine de mort "est un mouvement inexorable"

Il y a 35 ans, la France abolissait la peine de mort. Pour Raphaël Chenuil-Hazan, le directeur de l'association Ensemble contre la peine de mort, cette cause continue de gagner du terrain dans le monde entier.

Des militants des droits de l\'homme à Peshawar (Pakistan), le 10 octobre 2015
Des militants des droits de l'homme à Peshawar (Pakistan), le 10 octobre 2015 (ARSHAD ARBAB / EPA / MAXPPP)

C'était le 9 octobre 1981. Il y a 35 ans, la France promulguait la loi abolissant officiellement la peine de mort. À l'échelle mondiale, la lutte contre la peine capitale continue de progresser rapidement, constate Raphaël Chenuil-Hazan, le directeur de l'association Ensemble contre la peine de mort.

franceinfo : La menace terroriste actuelle ne risque-t-elle pas de donner du crédit aux partisans de la peine de mort ?

Raphaël Chenuil-Hazan : Cela fait plusieurs années que la menace terroriste est utilisée comme un argument fallacieux pour exécuter ou condamner à mort. On le constate notamment au Moyen-Orient et en Afrique. La peine de mort donne au pouvoir et à la population l'illusion que l'on peut résoudre le problème du terrorisme. Mais la majorité des Français ont conscience aujourd'hui que des personnes qui se font exploser au Bataclan n'ont pas peur d'une exécution.

Quels sont les pays où la peine de mort est la plus souvent appliquée aujourd'hui ?

Si l'on rapporte le nombre d'exécution à la population, c'est l'Iran qui est en tête avec un millier d'exécutions par an. Suivent la Chine, l'Arabie Saoudite et le Pakistan.

Plus des deux tiers des pays du monde n'appliquent plus la peine de mort. Est-ce que c'est un mouvement qu'on ne pourra plus arrêter ?

C'est un mouvement inexorable. C'est la question des droits de l'homme qui a avancé le plus vite ces trente dernières années. Il y a 35 ans, quand l'abolition de la peine de mort est devenue réalité chez nous, la France était seulement le 32e État dans le monde à l'abolir. Aujourd'hui, 111 États ont aboli la peine de mort. Trente autres ne la pratiquent plus depuis plus de dix ans, même s'ils ne l'ont pas abolie.

Même les Etats-Unis y arriveront prochainement. Un récent sondage montre que seuls 49% des Américains soutiennent la peine de mort. On est bien loin des 80% des années 1980... Et le nombre d'exécutions diminue chaque année.

Une petite moitié de Français est toujours favorable à la peine de mort. Où en est l'opinion française sur le sujet ?

L'opinion varie en fonction de la situation nationale et internationale. Quand on est en faveur de la peine de mort, on exprime une peur et une méfiance dans nos institutions. On pense que le peine de mort est la réaction forte qui règlera tous les problèmes de sécurité, de terrorisme, de misère dans le monde. Mais quand la raison reprend le dessus, tous les arguments sont en faveur de l'abolition de la peine de mort.

Raphaël Chenuil-Hazan interviewé par Jules Lavie
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Le ministre de la Justice Robert Badinter lors de l\'examen de son projet de loi sur l\'abolition de la peine de mort, le 17 septembre 1981 à l\'Assemblée nationale.
Le ministre de la Justice Robert Badinter lors de l'examen de son projet de loi sur l'abolition de la peine de mort, le 17 septembre 1981 à l'Assemblée nationale. (MICHEL CLEMENT / AFP)