Un dissident kazakh, qui aurait détourné 6 milliards de dollars, arrêté près de Cannes

Ancien dirigeant d'une banque kazakhe et opposant au régime actuel,  Moukhtar Abliazov avait fui son pays en 2009. Accusé d'avoir détourné six milliards de dollars, il s'était d'abord réfugié au Royaume-Uni, avant de filer vers la France. Il a été interpellé mercredi près de  Cannes par la brigade d'intervention et d'intervention de la police judiciaire de Nice.

(Autre)

Après quatre ans de fuite, Moukhtar Abliazov était entendu ce jeudi matin à
Aix-en-Provence, en vue de son extradition.

Une procédure à internationale

Lorsque sa banque (la BTA) a été nationalisée et déclarée en
faillite en 2009, Moukhtar Abliazov a été accusé d'avoir détourner six milliards
de dollars. A 50 ans, il a alors décidé de fuir son pays pour la Grande-Bretagne.
Là-bas, il a été condamné à 22 mois de prison pour outrage à magistrat. Peu
impressionné, il a affirmé que sa vie était menacée depuis qu'il a quitté son
pays et que sa sécurité ne serait pas garantie en cas de détention dans une
prison britannique L'année dernière, il a donc décidé de fuir la
Grande-Bretagne, avant de se rendre en France.

Ce jeudi, le procureur du Kazakhstan, qui aurait été informé
de l'arrestation par Interpol, a rappelé que Moukhtar Abliazov était accusé
dans son pays d'avoir "créé un groupe  criminel qui a détourné de la banque BTA plus de 5 milliards
de dollars et de blanchiment d'argent sale
". Une version que le président Nazarbaïev ne contestera pas...

Un opposant au régime

Entretenant un rapport conflictuel avec le président
Nazabaïev, Abliazov a expliqué que les tensions avaient commencé lors du lancement
de sa campagne pour un changement de gouvernement dans son pays. Ancien banquier, il a par ailleurs été ministre.

Parfois
surnommée le détraqueur du gouvernement, Abliazov avait déjà été emprisonné en
2002, un an après avoir fondé son parti d'opposition visant à dénoncer le
régime autoritaire de Nazarbaïev, le président en place depuis 1990.

Recherché dans le monde entier

Abliazov était auditionné, ce jeudi matin, auprès de la cour
d'appel d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). En attendant que son dossier parvienne à la justice française et soit étudié, l'opposant au régime kazakh devrait rester en détention en France. La date de son extradition vers le
Kazakhstan lui sera probablement signifiée dans la journée par un magistrat.

Outre ses condamnations par la Grande-Bretagne, Moukhtar
Abliazov fait l'objet d'un mandat d'arrêt émis par la Russie et relayé par
Interpol. Accusé cette fois de fraude à grande échelle, l'ancien ministre y avait résidé entre 2003 et 2005. Il figurait sur une "note rouge"
d'Interpol
, soit un mandat d'arrêt international.

Au final, trois pays ont demandé l'extradition de l'ancien président de la plus grande banque kazakhe : le Kazakhstan, la Russie et l'Ukraine, pays dans lequel la banque BTA avait des intérêts.

Sa femme et sa fille expulsées d'Italie

Accusant le président Nazarbaïev de mener une "vendetta
personnelle
", l'un des fils d'Abliazov a expliqué dans un mail que son
père se trouvait légalement sur la Côte d'Azur.

Fin mai, son épouse Alma Chalabaieva et leur fille de six ans
avaient été expulsées de l'Italie, dans des conditions qui ont déclenché une
crise politique à Rome. La police, à la recherche d'Abliazov, avait accusé femme
et enfant de détenir un faux passeport. Toutes deux avaient été expulsées vers
le Kazakhstan sans avoir pu déposer un recours, ni demander l'asile politique,
comme le permettent les lois italiennes et européennes.