Suicide d'une employée de Tati : l'ancienne directrice du magasin de Barbès devant le tribunal

Dans la lettre laissée à ses proches, la salariée de 54 ans, qui s'est donné la mort en janvier 2012, mettait directement en cause sa responsable hiérarchique. Elle est jugée, jeudi et vendredi, pour harcèlement moral.

La façade du magasin Tati de Barbès à Paris.
La façade du magasin Tati de Barbès à Paris. (MEHDI FEDOUACH / AFP)

L'ancienne directrice du magasin Tati de Barbès est jugée à partir de jeudi 14 juin pour harcèlement moral. Le 9 janvier 2012, une salariée de 54 ans du magasin avait mis fin à ses jours, à son domicile, en avalant des produits détergents. Dans la lettre de onze pages laissée à ses proches, la quinquagénaire mettait directement en cause sa responsable hiérarchique en décrivant des humiliations et des brimades subies depuis trois ans.

Aucune plainte contre la directrice

"Il va falloir sortir de l'émotion pour faire du droit", tempère maître Thibault de Montbrial, l'avocat de l'ancienne directrice du magasin. "Pendant quatre années, ma cliente a dirigé le magasin de Barbès et à aucun moment il n'y a eu de plainte sur son comportement. Ce vide doit quand même peser dans le dossier." Pourtant, la CGT affirme avoir depuis longtemps interpellé sur la souffrance des employés de ce magasin. "Jamais en ce qui concerne directement ma cliente pour des faits précis la concernant", se défend l'avocat.

Il y a une détresse morale absolument incontestable de la salariée qui est décédée, mais un suicide ne s'explique jamais par une cause unique.Maître Thibault de Montbrialà franceinfo

"Il y a tout un tas de facteurs de déstabilisation personnelle qui peuvent conduire des gens malades à avoir une vision biaisée de la façon dont les personnes s'adressent à eux et c'est compliqué de caractériser ça en droit", poursuit Thibault de Montbrial.

Du côté des parties civiles, les avocats vont eux chercher à montrer que la directrice du Tati de Barbès avait bien l'intention de nuire avec ces humiliations répétées. D'anciennes collègues de la salariée décédée viendront témoigner à la barre. D'autres seront présents dans la salle. Ce suicide avait suscité une vive émotion il y a six ans. Le personnel s'était mis en grève au lendemain du drame.