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Procès du Cercle Wagram : tous les bons ingrédients d'une affaire corse

Gang mafieux, histoires de familles, blanchiment d'argent : l'affaire jugée jusqu'au 21 décembre à Paris pourrait être un épisode de la série "Mafiosa". L'un de ses acteurs figure même déjà au casting. 

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L'acteur français Frédéric Graziani, mis en examen dans l'affaire Wagram, au tribunal de Paris le 5 décembre 2012. (MIGUEL MEDINA / AFP)

JUSTICE - "L'affaire Wagram (...), c'est comme la série Mafiosa : la bande-annonce est alléchante, le casting est très bon, mais le scénario est bancal." La phrase, venue du banc de la défense et rapportée par Corse Matin, résume avec un certain gusto l'affaire dite "du Cercle Wagram". Dix prévenus comparaissent depuis mercredi 5 décembre devant le tribunal correctionnel de Paris pour extorsion de fonds et association de malfaiteurs.

Ils sont accusés d'avoir pris le contrôle par la force, en janvier 2011, de l'établissement de jeu situé avenue de Wagram, près des Champs-Elysées. Règlements de compte, clans mafieux et stars du show-biz : pour ceux qui s'intéressent au banditisme corse, l'affaire a tout d'un cas d'école. Démonstration.

Un gang mafieux au nom folkorique

Au cœur du procès Wagram, il y a une bande organisée qui, jusqu'à il y a quelques années, régnait sans partage sur la Haute-Corse : le gang de la Brise de mer, dont l'histoire est racontée notamment par le journaliste Frédéric Ploquin, auteur de Parrains et caïds : la France du grand banditisme dans l'œil de la PJ (Fayard). Le groupe tient son nom d'un bar du vieux port de Bastia où se retrouvaient ses fondateurs dans les années 1980.

Auteurs présumés de braquages retentissants, ses membres auraient ensuite investi leur pactole dans de nombreuses affaires, sur l'île de Beauté et à Paris : le Cercle Wagram est l'une d'entre elles. Deux piliers de la Brise de mer, Richard Casanova et Francis Guazzelli, sont soupçonnés de l'avoir dirigé en sous-main à partir du milieu des années 1990, en mettant en place une double comptabilité.

Des affaires juteuses

L'établissement parisien est une cible de choix pour blanchir l'argent sale : avec plus de 1 000 m2 sur trois niveaux, une quinzaine de tables de poker, l'argent liquide y circule naturellement à profusion.

Selon les enquêteurs, le Cercle Wagram aurait ainsi permis à une dizaine de membres du gang de dégager chacun un revenu de 30 000 à 40 000 euros mensuels. Mais la petite entreprise déraille après les assassinats successifs des deux "patrons" présumés, sur fond de luttes intestines : Casanova d'abord, en avril 2008, Guazzelli ensuite, en novembre 2009.

Des règlements de compte en famille

A la faveur de la succession, le clan Guazzelli prend l'ascendant et les membres du clan Casanova sont écartés. La veuve de Richard Casanova, en particulier, réclame sa part du gâteau : selon Le Parisien, parti sur la trace des "parrains corses", elle n'aurait pas apprécié de devoir se contenter d'une pension de 2 000 euros par mois. C'est son frère, Jean-Luc Germani, qui aurait mené la contre-attaque à l'origine du procès actuel.

L'entrée du Cercle Wagram, à Paris, le 27 décembre 2011. (MIGUEL MEDINA / AFP)

Le 19 janvier 2011, un groupe d'hommes débarque au Cercle Wagram et déboule dans le bureau de Jean-François Rossi, supposé homme de paille des Guazzelli. "Ils m'ont dit que s'ils me revoyaient au Cercle, ils me coupaient la tête", racontera le principal intéressé à un proche.

Il ignore alors qu'il est sur écoute : depuis 2010, le parquet de Nanterre, suspectant des activités de blanchiment, surveille dirigeants et employés. Les enquêteurs assistent en direct au "putsch" qui se joue au Cercle.

Une folle cavale

Quelques mois plus tard, en juin 2011, la police procède à un vaste coup de filet dans le "milieu". Une trentaine de personnes sont interpellées. Sur le plan judiciaire, l'affaire est scindée en deux volets : celui portant sur le blanchiment d'argent, qui s'intéresse au fonctionnement du cercle de jeu, où sont mis en examen les dirigeants chassés par le putsch, et celui, jugé en ce moment, qui relève du grand banditisme et où sont mis en examen ses auteurs présumés. 

Problème : entre-temps, trois des principaux protagonistes de cette prise de contrôle ont disparu de la circulation. Parmi eux, le leader présumé de l'opération, Jean-Luc Germani. Jugé par contumace, il aurait, selon Le Parisien, trouvé refuge en Afrique avec deux autres des mis en examen, y faisant même venir femme et enfants.

Des anciens policiers et des stars du show-biz

Détail piquant, parmi les protagonistes de l'affaire Wagram ne figurent pas que des figures du milieu corse. Il y circule quelques noms célèbres et personnalités hautes en couleur. La série "Mafiosa", de Canal +, qui met en scène les soubresauts d'un clan mafieux de l'île de Beauté, peut ainsi se prévaloir d'un réalisme sans faille : l'un des dix prévenus du procès, Frédéric Graziani, au casier jusqu'ici vierge, est un des acteurs principaux de la série. La saison 4 raconte d'ailleurs, comme l'explique France 3 Corse ViaStella, la reprise en main d'un cercle de jeu parisien...

Plus intriguant pour la justice, la présence parmi les dirigeants et les clients du Cercle Wagram de nombre d'anciens policiers. Sans être mis en cause, Bernard Squarcini, ancien patron de la DCRI, aurait ainsi eu ses habitudes dans l'établissement au début des années 2000. Au point, raconte Le Figaro, d'être surnommé "Tonton" par la patronne du bar, dont il connaît bien la famille. 

Enfin, un personnage central de l'affaire fait le régal des chroniqueurs judiciaires : Jean Testanière, dit "Le Mage". L'ancien dirigeant du Cercle, qui figurait parmi les évincés du putsch, aurait été chargé de faire venir au club de jeux les personnalités de sa connaissance. Il faut dire que le carnet d'adresses de cet original, dont le portrait a été brossé par Le Monde, laisse pantois : de Christian Lacroix à Laurence Ferrari en passant par Rachida Dati, l'homme semble fréquenter le tout-Paris.

Certains de ses amis célèbres boivent ses paroles et lui prêtent des dons divinatoires, mais il n'a pu prévoir l'opération de janvier 2011 : "Il s'est passé quelque chose d'incroyable et d'assez, disons, sale, mené par l'ancienne bande, des enc… qui ont fait des saloperies", raconte-t-il au lendemain du putsch à une de ses amies intimes, Ophélie Winter.

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